Baccalauréat : pagaille façon Blanquer

10 Juillet 2019

Après Blanquer traitant les enseignants grévistes de saboteurs, Macron, le 7 juillet, a accusé ceux qui retenaient notes et copies de bac de prendre en otage les enfants et leurs familles. Rien de moins ! De la part d’un gouvernement qui a décidé de supprimer 2 600 postes en lycées et collèges, et de tailler dans les programmes et les options à la rentrée prochaine, il fallait oser.

Le gouvernement a tout d’abord répété que cette action était tout à fait minoritaire. Mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle a semé une certaine pagaille au ministère et dans les rectorats.

Au dire des correcteurs grévistes, 126 000 copies, sur un total de 4 millions, ont été retenues. D’un côté, le ministère n’a eu de cesse de minorer ce chiffre ; de l’autre, il menaçait les grévistes de leur enlever la moitié de leur salaire du mois s’ils rendaient leurs notes avec retard.

Plutôt donc que reporter les résultats du baccalauréat de 48 heures, le ministre de l’Éducation a choisi l’épreuve de force, affirmant que les résultats seraient publiés vendredi 5 juillet, coûte que coûte, quitte à s’asseoir sur le règlement d’examen. Si les notes manquaient, le jury devait reporter la moyenne de la matière du candidat sur l’année. Et si cette dernière était supérieure à la note du bac, c’est celle-ci qui ferait foi.

C’était méconnaître grandement le sentiment de la majorité des enseignants, qui sont contre une réforme destinée à économiser des moyens et qui n’ont pas voulu cautionner les manœuvres du ministre. De nombreux jurys, à qui le rectorat intimait l’ordre de suivre les recommandations de Blanquer, ont purement et simplement refusé de plier. Ils ont voté des motions, refusé de siéger. Un jury a même été séquestré par un proviseur. De nombreux jurys ont refusé de rentrer les moyennes de contrôle continu et se sont dissous, laissant les proviseurs maîtres du jeu. Certains élèves se sont donc présentés au rattrapage sans connaître leurs notes.

L’imbroglio s’est prolongé lors des oraux de rattrapage, à partir du lundi 8 juillet, avec l’arrivée des notes réelles dans les jurys : fallait-il se baser sur celles-ci ou sur les directives improvisées de Blanquer ? Du coup, plusieurs oraux de rattrapage ont été repoussés au lendemain et les élèves renvoyés chez eux.

Le gouvernement est aujourd’hui l’unique responsable de ce parfait désordre. Méprisant les enseignants et les syndicats, il voulait faire la démonstration, à coup de menaces et de mensonges, que leur mouvement n’aurait aucune incidence sur le déroulement du bac. Le seul à avoir bloqué le bac, c’est lui !

Aline URBAIN