Aide sociale à l’enfance : abandonnée par l’État

10 Juillet 2019

Depuis des mois, les travailleurs de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), éducateurs spécialisés, assistantes sociales, infirmières puéricultrices, animateurs, protestent contre la dégradation de leurs conditions de travail, et contre la baisse des moyens consacrés à la prise en charge des mineurs.

Des débrayages ont eu lieu aux quatre coins de la France, avec des manifestations devant les conseils départementaux, dont dépend l’ASE.

Dans la foulée d’un documentaire accablant sur l’un des plus gros foyers d’accueil de France, qui avait fait scandale en janvier dernier, une députée LREM avait lancé une mission sur l’ASE, qui vient de rendre son rapport, et le gouvernement prépare une loi d’ici la fin de l’été pour réformer l’institution. Mais les parlementaires font des propositions qui ne coûtent pas forcément très cher, avertit la rapporteuse. Le secrétaire d’État à la protection de l’enfance, Taquet, enfonce le clou : « Je n’aime pas qu’on prenne un problème en partant des moyens. » Il affirme vouloir « une culture de l’évaluation et de la performance » : autrement dit, faute de mettre des moyens pour l’ASE, il compte mettre la pression sur les travailleurs, les rendant responsables de son mauvais état.

Résultat, une assistante l’a dénoncé dans la presse, les mesures annoncées sont dérisoires. 341 000 mineurs sont actuellement pris en charge, dont la moitié placés dans des familles d’accueil. Or il n’y a ni assez de foyers, ni assez de familles d’accueil. En outre, les dispositifs de prise en charge sont saturés ou inexistants. Pour prendre un exemple, en Seine-Saint-Denis, la durée moyenne entre un premier signalement à l’ASE et le début d’une intervention éducative à domicile est de… trois ans ! En novembre 2018, dans une tribune, des juges du tribunal de Bobigny déploraient d’être devenus « des juges de mesures fictives ».

Un éducateur a de 20 à 30 enfants à sa charge en moyenne, jusqu’à 60 dans certains départements. Il manque des moyens pour acheter des vêtements, mettre en œuvre les prises en charge thérapeutiques, organiser des vacances, acheter des jeux et du matériel pour les activités des enfants, etc. Ainsi, d’après les statistiques, les deux tiers des enfants placés sont en retard scolaire d’un an au moins à l’entrée en sixième et, à 17 ans, presque un quart ne sont plus scolarisés. Un quart des SDF de moins de 25 ans sont issus de l’ASE : la plupart ne sont pris en charge que jusqu’à 18 ans, après ils se retrouvent sans logis, sans ressources, victimes de la loi de la jungle qui règne dans la société capitaliste.

Pierre MERLET