Union européenne : marchandages au sommet, loin des intérêts des peuples

03 Juillet 2019

Les 28 dirigeants d’États membres de l’Union européenne ont fini par se mettre d’accord sur les nominations aux postes les plus importants de leur institution, nommant la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, à la tête de la Commission européenne et Christine Lagarde, ancienne ministre de l’Économie de Sarkozy, à la tête de la Banque centrale européenne.

Pour une première fois, ce sont des femmes, s’est vanté Macron. Certes, mais il s’agit surtout de dirigeantes de droite totalement acquises aux intérêts financiers. Et surtout, l’enfantement a été douloureux, bien à l’image de ce qu’est l’Union européenne : un regroupement d’États rivaux où les plus puissants, Allemagne et France, imposent le résultat de leurs intrigues aux autres.

Le plan initial concocté par Angela Merkel et Emmanuel Macron est tombé à l’eau devant l’opposition de plusieurs dirigeants de pays l’Est et celle de l’Italie. D’une part parce que ce plan faisait la part belle aux socialistes, donnant la présidence de la Commission européenne à leur chef de file, le hollandais Timmermans, et que cela ne plaisait pas du tout aux dirigeants d’extrême droite à la Salvini ou à la Orban. D’autre part, tout simplement parce que mettre des bâtons dans les roues du plan franco-allemand était une manière, pour les dirigeants de ces pays, de refuser de se soumettre au diktat de ces grandes puissances.

Le coup suivant, Merkel et Macron ont mieux préparé leur affaire. Et, en plus de certaines concessions, comme écarter le représentant socialiste du poste le plus convoité, ils ont dû trouver des arguments d’autorité pour faire taire la contestation et imposer leurs vues.

C’est par nécessité que les pays capitalistes européens ont dû chercher à constituer cette union économique vitale à leurs groupes industriels et financiers. Les groupes industriels français ou allemands ne pourraient espérer rivaliser avec leurs concurrents américains ou asiatiques s’ils n’avaient comme débouchés immédiats que leurs marchés nationaux.

Mais, depuis que l’idée d’un marché commun européen a commencé à devenir une réalité après la Deuxième Guerre mondiale, celui-ci a toujours été le cadre de rivalités entre les grandes puissances européennes. Comme le disait avec moquerie le diplomate américain, Henry Kissinger : « L’Europe, quel numéro de téléphone ? » Dans les tractations internationales, les dirigeants européens prétendent qu’ils parlent au nom de leur Union, au nom d’un grand marché économique équivalant et même supérieur à celui des États-Unis. Ils ont même créé des postes censés incarner cette entité, comme celui du président de la Commission européenne. Mais ils ne peuvent surmonter leurs rivalités, et c’est ce qui s’est exprimé dans les difficultés à nommer ce nouveau président et à pourvoir les autres postes du même genre. Et la crise économique, attisant les rivalités, agit fortement dans le sens de la désunion. L’esprit de contestation des dirigeants d’Europe de l’Est et de l’Italie en est une expression ; le Brexit aussi.

Pourtant, unifier l’Europe est une nécessité. L’interdépendance et même l’interpénétration des économies à l’échelle du continent européen sont devenues des réalités. Les grands groupes industriels ont organisé leur production à l’échelle continentale. Bien des PME produisent pour l’ensemble du marché européen, et même au-delà. Sans parler du fait que les populations d’Europe ont une histoire commune depuis des siècles. Mais, pour unifier l’Europe, il faudra que les travailleurs de tous les pays du continent exproprient les grands groupes industriels et financiers qui les dominent, pour en faire disparaître les frontières et les inégalités sociales.

Pierre ROYAN