Ponts : à quand la catastrophe ?

03 Juillet 2019

Sur les 200 000 à 250 000 ponts, 25 000 sont déjà fermés ou posent des problèmes de sécurité. Tel est le constat dressé par la commission d’enquête sénatoriale sur l’état des ponts du pays, rendu public le 27 juin.

Cette commission avait été créée à la suite de l’effondrement d’un pont routier de Gênes qui, l’été dernier, a fait 43 morts et de nombreux blessés.

L’état alarmant des ponts en France est la conséquence du désinvestissement de l’État, alors que certains ont atteint des âges critiques, qu’ils se dégradent avec l’augmentation du trafic routier de ces cinquante dernières années et avec le réchauffement climatique qui engendre des inondations et des amplitudes de température ayant des conséquences sur leur solidité.

Dans le cadre de la décentralisation, une grande partie de ces ponts ont été confiés aux départements et à des communes qui n’ont pas toujours les moyens d’assurer leur entretien ou leur réfection. Parallèlement, la réduction des dépenses de l’État et des collectivités a conduit à la quasi-disparition du personnel des Directions départementales de l’équipement, qui se chargeait entre autres de la surveillance de ces ouvrages par un personnel compétent. En 2014, l’État a aussi supprimé l’organisme chargé d’aider les communes qui effectuaient le suivi des ponts à leur charge, soit l’équivalent de 1 200 agents à plein temps. La même année, il y a eu une baisse de 1,5 milliard de dotation aux collectivités, puis de 9,71 milliards entre 2015-2017. Autant dire que les collectivités ont abandonné une partie de leurs dépenses, dont celles pour la surveillance et l’entretien des ouvrages, pour se limiter aux travaux d’urgence.

Pour le seul entretien des ponts à la charge de l’État, selon la commission, 110 millions d’investissement par an sont nécessaires jusqu’en 2027. Pour la remise en état de ceux des collectivités, 100 millions d’euros par an pendant dix ans seraient nécessaires.

La transformation de l’ISF en IFI, portant sur la seule fortune immobilière, a fait perdre à l’État 3,2 milliards d’euros par an. En prenant sur les économies qu’ont réalisées les plus riches, il y aurait donc largement de quoi assurer la sécurité de tous les ponts.

Inès Rabah