Noyades : la faute à l’imprudence… et à l’État

03 Juillet 2019

Face à l’augmentation du nombre de noyades, le gouvernement a mis en garde : « Il y a des morts évitables dans un épisode caniculaire », a ainsi expliqué Édouard Philippe, « parce que la chaleur, la tension parfois, fait prendre des risques. »

Une enquête de Santé publique France a noté une hausse du nombre de noyades accidentelles, passées de 1 266 en 2015 à 1 649 en 2018 (+ 30 %). Chaque été, 400 à 500 personnes meurent en se noyant. À qui la faute ?

L’immense majorité des noyades a lieu en cours d’eau, en plan d’eau ou en mer, seules 5 % des noyades ayant lieu dans les piscines collectives, où se baigner est plus sûr. Les noyades sont pour la plupart évitables. En France, une personne sur six déclare ne pas savoir nager. Cela concerne d’abord les plus âgés : 35 % des 65-75 ans, contre 5 % des 15-24 ans. Mais ces taux dissimulent d’importantes inégalités sociales et géographiques.

En Seine-Saint-Denis par exemple, un des départements les plus pauvres de France, seul un enfant sur deux sait nager à l’entrée en classe de sixième. Apprendre à nager nécessite au bas mot 30 heures de pratique pour un enfant. Cela n’est pas énorme. Il faut pour cela des maîtres-nageurs mais aussi des créneaux de nage pour les écoliers, les collégiens, les lycéens. Or les communes populaires sont souvent les moins bien loties en piscines. Construire et faire fonctionner une piscine coûte de l’argent, surtout dans une période où les dotations de l’État aux collectivités locales sont réduites.

Mais, en comparaison avec d’autres dépenses publiques, par exemple les sommes colossales investies pour les Jeux olympiques de 2024, celles qu’il faudrait engager pour construire des piscines sont faibles. Autrement dit, c’est l’État et ses choix contre les plus pauvres qui est d’abord responsable du manque de piscines, de maîtres-nageurs, et donc de l’insuffisante maîtrise de la nage par une partie de la population.

Michel BONDELET