Mexique : une politique meurtrière contre les migrants

03 Juillet 2019

La photo a fait le tour du monde, celle de ce père salvadorien et de sa fille de deux ans, morts ensemble noyés dans le Rio Bravo, large fleuve qui marque la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Elle témoigne à elle seule des conséquences criminelles de la politique de Trump, épaulé maintenant avec zèle par son homologue mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador, dit AMLO.

Arrivés dans le sud du Mexique après avoir traversé le Guatemala, le père et sa fille avaient obtenu des autorités mexicaines un visa dit humanitaire leur permettant de traverser le pays. En effet, après sa prise de fonction en décembre 2018, AMLO avait créé l’espoir avec un certain nombre de déclarations humanistes, suivies pendant quelques semaines de la délivrance de plus de 12 000 visas, dont certains permettaient aux migrants de gagner légalement le nord du pays.

Depuis bien des années, ces migrants qui cherchent à gagner les États-Unis sont la proie de mafias ou des différents services de police, tous corrompus, qui les arrêtent et leur volent leur argent ou les remettent à des cartels comme celui des Zetas au Chiapas, lesquels exigent ensuite, sous peine de mort, des rançons exorbitantes de leurs familles ou bien les réduisent en esclavage, à la prostitution. Donner aux migrants la liberté de circulation aurait permis qu’ils échappent en partie à l’arbitraire de la police et aux mafias.

Mais, sous la pression des États-Unis, Lopez Obrador a très vite durci sa politique jusqu’à y renoncer de façon spectaculaire début juin, cédant au chantage de Trump qui menaçait d’augmenter les droits de douane.

Après son élection, il avait annoncé la création d’une toute nouvelle Garde nationale. Composée à la fois de civils et de militaires, elle était censée être mise au service de la sécurité de la population, en luttant contre les différents cartels qui sèment la mort dans le pays. Eh bien, à peine créée, la Garde nationale a changé de fonction : déployée le long de la frontière nord et le long de celle avec le Guatemala, elle va contrôler les routes, les trains de marchandises et arrêter les migrants.

Ceux-ci sont placés de force dans des centres de rétention, principalement au Chiapas, dans lesquels théoriquement ils pourraient faire une demande de visa, mais où personne ne leur amène les papiers nécessaires. L’entassement dans ces centres devient dramatique, la plus grande partie des migrants dorment à même le sol sans même un toit sur la tête, enfants et adultes ensemble, sans couvertures. Dans le centre de Tlaxcala, des actes de tortures contre un père et son fils ont été révélés ; dans celui de Tapachula, les détenus se sont révoltés contre leurs conditions de détention et ont tenté de s’enfuir. La Garde nationale est intervenue. Ailleurs, dans l’État de Veracruz, deux migrants sont morts, d’autres ont été blessés par les balles de policiers qui les poursuivaient. Partout, les migrants, fuyant les points de contrôle, reprennent les routes les plus dangereuses, contrôlées par les cartels.

Enfin, quasiment au même moment où le président mexicain cédait au chantage de Trump, deux militants sociaux, organisateurs des caravanes de migrants qui avaient traversé le pays fin 2018, Cristóbal Sánchez et Irineo Mujica, ont été arrêtés sans mandat, chez eux, par des policiers en civil conduisant des voitures banalisées et menaçants vis-à-vis des proches tentant de s’interposer, puis incarcérés avec de fausses accusations. Momentanément libérés depuis, ils risquent toujours des peines pouvant aller jusqu’à vingt ans de prison.

Pour toute une partie de l’opinion au Mexique, la militarisation du nord du pays et du Chiapas, les internements forcés, l’arrestation de militants sociaux, ces mesures dictées par le voisin impérialiste ont du mal à passer. La conférence des évêques du Mexique a ainsi déclaré : « Si nous, Mexicains, avons refusé la construction d’un mur, ce n’est pas pour nous transformer nous-même en mur. »

Lopez Obrador a beau promettre la transformation des centres d’internement en lieux d’hébergement, il a beau brandir un accord avec les maquiladoras de la frontière stipulant que celles-ci s’engagent à embaucher 40 000 migrants, il devient visible que sa politique, comme celle de ses prédécesseurs, est tournée tout entière contre les pauvres.

Antoine FERRER