Ehpad : pour la dignité de tous !

03 Juillet 2019

Lundi 1er juillet, le personnel des Ehpad était appelé à la grève par l’ensemble des syndicats, soutenus par l’Association des directeurs au service des personnes âgées.

On était loin de la spectaculaire journée de mobilisation du 30 janvier 2018 où des rassemblements avaient regroupé des soignants, des administratifs et des directeurs d’Ehpad. À l’époque, devant ce mouvement massif qui avait eu le large soutien de l’opinion publique, le gouvernement n’avait concédé qu’une rallonge dérisoire de 50 millions d’euros aux budgets des Ehpad.

Aujourd’hui, la situation s’est encore aggravée. C’est ce qu’ont exprimé toutes celles et ceux qui ont participé à la dernière grève en travaillant avec un brassard ou en manifestant devant les Agences régionales de Santé. « En Ehpad, les conditions de travail, c’est de la maltraitance institutionnelle. On fait la toilette [des personnes âgées à la chaîne]. Et la douche, c’est une fois tous les 18 jours » témoignait une aide-soignante gréviste à Orléans.

Les syndicats et l’association des directeurs de centre réclament des moyens et la création d’au moins deux postes supplémentaires par structure, établissements d’accueil et services à domicile, ce qui ferait 40 000 emplois et une hausse du budget public de 1,5 milliard d’euros. Le sous-effectif est catastrophique, à force de rendre le travail de plus en plus intenable et inhumain, il pousse à la démission des soignants expérimentés mais écœurés.

La plupart des Ehpad sont toujours des institutions publiques, mais la pression à la rentabilité financière y est permanente. Dans les établissements privés possédés par des groupes comme Korian, Orpea, DomusVi ou Colisée, les tarifs sont plus élevés, mais la course au profit a les mêmes conséquences. Vues de l’extérieur, les maisons de retraite construites récemment peuvent sembler pimpantes mais à l’intérieur, ce sont de véritables bagnes pour ceux qui y travaillent et parfois des mouroirs pour ceux qui y résident.

S’occuper des personnes âgées diminuées et malades, rendre leur fin de vie supportable et digne, ce devrait être un devoir moral pour la société. Mais c’est devenu un marché, celui de « l’or gris ». Et l’un est totalement incompatible avec l’autre.

Pierre ROYAN