Éducation : qui sabote ?

03 Juillet 2019

Dans plusieurs académies, des enseignants de différentes disciplines, dont l’histoire, l’économie, la philosophie, ont décidé d’organiser une rétention des notes des copies du baccalauréat – ce qui pourrait repousser la proclamation des résultats – pour montrer leur opposition à la réforme dans l’enseignement secondaire initiée par le ministre de l’Éducation nationale, Blanquer.

Celui-ci a déclaré avoir une « très grande confiance dans l’immense majorité des professeurs de France [...] qui n’ont aucune envie de contribuer au sabotage d’un examen pour lequel ils ont préparé avec passion leurs élèves ». Mais si, depuis le début des examens, des enseignants montrent de différentes manières leur désaccord, comme ils l’ont fait par exemple en faisant la grève des surveillances du baccalauréat ou du brevet des collèges, c’est bien contre un vrai sabotage, celui-là, celui de l’éducation des jeunes.

Dans un communiqué, des enseignants de philosophie dénonçaient les conséquences de la réforme, entre autres, la suppression des dédoublements des élèves en série technologique, ce qui signifie enseigner devant 35 ou 37 élèves, voire plus, ou encore la diminution du nombre d’heures consacrées à la philosophie. Mais il en va de même pour les autres matières enseignées au lycée général. Concernant les CAP et le baccalauréat professionnel, une filière entière est vouée à disparaître, celle de gestion administration. Quant au nombre d’heures d’enseignement dans les lycées professionnels, il chute en mathématiques, en français et en histoire-géographie. Or ce sont des matières qui offraient une certaine ouverture culturelle à ces jeunes, pour la grande majorité issus des classes populaires, et qui n’y ont accès qu’au travers de l’école. Pour ne donner qu’un exemple, les programmes d’histoire-géographie sont ainsi réduits à … deux chapitres. Les jeunes de filière professionnelle seront de plus en plus orientés vers l’apprentissage, et feront surtout plus vite l’apprentissage... de l’exploitation. La seule chose qui ne diminue pas, ce sont les effectifs dans les classes.

Les heures supplémentaires explosent dans la plupart des établissements du secondaire. De plus en plus de contractuels sont embauchés afin de colmater les brèches. Et les postes d’enseignants ne sont pas les seuls touchés ; il y a ceux des administratifs ou des surveillants, sans oublier ceux de toutes celles et tous ceux qui assurent le nettoyage et le fonctionnement de la cantine, qui dépendent des régions.

Au travers de cette réforme, c’est un vaste plan d’économies dans l’Éducation qui se prépare.

Aline RETESSE