Distribution : le patronat contre les emplois

03 Juillet 2019

Carrefour a pris la décision de vendre tous ses magasins en Chine. Il y a à peine deux mois, Auchan annonçait qu’il cédait la direction opérationnelle de la société exploitante de ses magasins à ses actionnaires chinois. Mais, dans les deux cas, les actionnaires français ne se retirent pas vraiment.

Ainsi Auchan conserve les 36 % du capital de la société Sun Art, créée avec le géant chinois du commerce en ligne Alibaba, qui continuera à exploiter les magasins Auchan. Quant aux actionnaires de Carrefour, dont le milliardaire Arnault, patron de LVMH, et la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette, ils conserveront 20 % du capital de la société exploitante et la part des dividendes qui vont avec. Au passage, Carrefour encaisse un chèque de 620 millions d’euros, soit l’équivalent d’un salaire mensuel de 1 800 euros net payé pendant près de douze ans aux 2 400 salariés des ex-magasins Dia dont Carrefour a supprimé les emplois.

Et ce qui se passe chez Carrefour et Auchan se passe tout autant chez Casino. En cinq ans, les surfaces des hypermarchés Géant et Leader Price, deux enseignes du groupe, ont été réduites de 11 %. À l’échelle du groupe, 15 000 emplois ont été supprimés. Chez Leader Price, le nombre de magasins est passé en un an de 800 environ à moins de 700, du fait de cessions et de fermetures, laissant à chaque fois des travailleurs sur le carreau. Mais, même en cas de reprise, les travailleurs n’ont pas l’assurance de maintenir leurs emplois.

Ainsi, l’hyper Géant situé en périphérie de Rennes a fermé samedi 29 juin. Il a été racheté par le patron du Leclerc voisin. Les salariés, à qui on a pourtant promis une embauche à l’identique, restent dans l’incertitude quant à leur avenir.

Les restructurations frappent aujourd’hui l’ensemble des groupes de la grande distribution. Et la question qui se pose à l’ensemble des travailleurs de ces groupes est la défense de leur avenir commun.

Rien qu’en France, les effectifs d’Auchan Retail sont de 53 000 salariés, 90 000 chez Intermarché, 75 000 dans le groupe Casino. Et si on additionne ceux de Carrefour, Lidl, Cora, Leclerc et tous les autres, ils représentent une force de plusieurs centaines de milliers de salariés face à une poignée de propriétaires d’enseignes.

Philippe Logier