Arabie saoudite : “MBS”, un boucher armé par l’impérialisme

03 Juillet 2019

Après six mois d’enquête, la rapporteuse spéciale des Nations unies Agnès Callamard a confirmé dans son rapport rendu public le mercredi 19 juin que le journaliste Jamal Khashoggi avait bien été victime d’une « exécution délibérée, préméditée, d’une exécution extra-judiciaire dont l’État d’Arabie saoudite est responsable ».

Le journaliste du Washington Post, qui vivait en exil aux États-Unis, avait disparu depuis son entrée, le 2 octobre 2018, dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Des images de surveillance ont montré, depuis, l’arrivée au consulat d’un commando spécial qui se serait chargé de le faire disparaître, ce qu’ont confirmé des écoutes dont la teneur sanglante laisse peu de doute sur le niveau d’organisation et les commanditaires du crime.

Du côté du pouvoir saoudien, tout en affirmant bien sûr la volonté de faire toute la lumière sur cette affaire, le prince Mohamed Ben Salmane, dit MBS, qui dirige le pays a menacé publiquement tous ceux qui voudraient exploiter politiquement cette affaire. Il visait en particulier les autorités turques, qui ont donné rapidement des informations sur l’assassinat. Tandis que la CIA a estimé que le prince héritier était bien le commanditaire de celui-ci, le régime saoudien continue de faire comme si de rien n’était. Tout en lavant le prince de toute responsabilité, la justice saoudienne a lancé une procédure judiciaire contre plus de vingt personnes, dont cinq risquent la peine de mort.

Alors que les demandes de la rapportrice spéciale de l’ONU semblent assez mesurées au regard du crime, en préconisant une enquête supplémentaire et des sanctions contre le prince, Trump lui a au contraire renouvelé récemment son soutien. Il faut dire que Ben Salmane, de son côté, n’a pas ménagé sa peine pour soutenir l’offensive américaine contre l’Iran, appuyant publiquement la version des États-Unis sur la prétendue attaque iranienne contre deux pétroliers dans le golfe Persique.

Le soutien est donc mutuel, et y compris sonnant et trébuchant. Ce n’est pas seulement un allié traditionnel de poids dans la région que le gouvernement américain a en Ben Salmane, mais un des plus gros acheteurs d’armes américaines de la planète. Le secrétaire d’État Mike Pompeo était en visite lundi 24 juin en Arabie saoudite pour discuter de la mise en place d’une coalition mondiale contre l’Iran. Quelques jours avant, ce même Pompeo avait invoqué « l’agression iranienne » pour justifier une procédure d’urgence devant le Congrès américain pour la vente d’armes d’un montant de 8,1 milliards de dollars à destination de Ryad et de ses alliés dans le golfe.

Qu’est-ce qu’un peu de sang d’un journaliste d’opposition à côté d’un contrat d’armement permettant à la bourgeoisie américaine de s’enrichir encore un peu plus, tout en renforçant sa domination dans le golfe Persique ?

Gilles BOTI