Accord UE-Mercosur : du bruit et des gros sous

03 Juillet 2019

Après vingt ans de tractations, un accord de libre-échange entre les pays de l’Union européenne (UE) et ceux du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) a été signé. Comme tous les accords de ce type, il répond aux exigences des capitalistes les plus puissants.

Avec cet accord, plus de 90 % des droits de douane actuellement en vigueur entre les deux zones pourraient être supprimés. Satisfaits, les capitalistes européens pourront vendre plus facilement leurs automobiles, leurs produits chimiques ou pharmaceutiques en Amérique latine. Dans la filière agricole, les marchands de vins et de spiritueux comme ceux de produits laitiers se réjouissent de pénétrer un marché qui leur échappait largement.

Mais, à l’inverse, les producteurs de viande bovine, de volaille ou de sucre sont vent debout contre un accord qu’ils accusent de « sacrifier l’agriculture française ». Avec la FNSEA et la Confédération paysanne, ils dénoncent la menace d’une « invasion du marché européen » par des bœufs argentins ou brésiliens, élevés à bas coût sur de vastes surfaces obtenues par la destruction de la forêt amazonienne et en ayant recours aux antibiotiques.

Ils ont trouvé le renfort des écologistes, Nicolas Hulot en tête, qui dénoncent les effets nocifs du commerce international et de la mondialisation. Les opposants à cet accord dénoncent encore le soutien politique ainsi apporté à Jair Bolsonaro, le nouveau président réactionnaire du Brésil. Celui qui revendique cyniquement le droit de détruire la forêt amazonienne et de polluer à sa guise, en plus de s’en prendre aux droits des femmes, des minorités et des exploités en général, ne cachait pas sa joie après l’annonce de l’accord.

Une partie des critiques sont tout à fait justifiées. Mais pour les députés macronistes fraîchement convertis à l’écologie qui les reprennent, il s’agit de postures pour cacher les couleuvres qu’ils devront avaler.

Si le bœuf sud-américain est nourri de soja transgénique, la vache folle ou les lasagnes à la viande de cheval étaient européennes, le lait contaminé de Lactalis bien français. Les producteurs de volaille qui redoutent la suppression des barrières douanières ne trouvent rien à redire aux exportations subventionnées par l’UE vers l’Afrique, qui ruinent les paysans africains.

Le libre-échange serait « à l’origine de toutes problématiques écologiques », comme l’affirme Nicolas Hulot ? Il renforcerait le réactionnaire Bolsonaro, comme le dit l’écologiste Yannick Jadot ? Mais, à ce jour, le plus grand pourfendeur du libre-échange, l’avocat international du protectionnisme, est Donald Trump ! Comme progressiste, il y a mieux. Comme défenseur de l’environnement, lui qui milite pour l’énergie au charbon et le gaz de schiste, il y a mieux ! Ce que les écologistes ou les agriculteurs menacés se refusent à critiquer et même à nommer, mais qui est pourtant responsable de tous les ravages qu’ils dénoncent, c’est le marché capitaliste et la propriété privée des moyens de production.

Selon les périodes, les secteurs économiques, les pays, l’état des marchés et les rapports de force, les capitalistes sont tour à tour partisans du libre-échange ou du protectionnisme. Les travailleurs n’ont rien à gagner à s’aligner derrière les intérêts et les arguments des uns ou des autres.

Xavier LACHAU