Droite : les LR quittent le navire

19 Juin 2019

Depuis son effondrement aux élections européennes à 8,5 % des voix, le parti Les Républicains (LR) voit chaque jour ses notables le quitter pour aller lorgner soit du côté des macronistes, soit du côté des lepénistes.

À l’approche des municipales de 2020, les maires Les Républicains savent que cette étiquette représente un handicap certain. Nombre d’entre eux ont donc commencé à prendre leurs distances, certains passant avec armes et bagages dans des partis qu’ils dénonçaient la veille.

Le 8 juin, 72 maires et élus locaux de droite signaient dans le Journal du dimanche une tribune de soutien à Macron, souhaitant sa réussite et découvrant que « le temps n’est plus aux querelles de chapelles ». Parmi eux Jolivet, maire LR de Quimper depuis 2014, affirmait encore le 26 mai : « Ceux qui restent sont les militants de la première heure comme moi. Je reste fidèle. » Il a tenu moins d’une semaine avant de déclarer : « Comme je l’ai déjà dit, j’ai vocation à faire un second mandat. J’ai un bilan à défendre et je pense pouvoir incarner les valeurs défendues par le gouvernement. »

L’intérêt de LREM, le parti de Macron, à cet arrivage de notables est de parvenir à asseoir son implantation. La recomposition politique initiée en 2017 par l’élection de Macron face à Le Pen n’est encore ni achevée ni irréversible. LREM a bénéficié tout comme le RN du discrédit profond du PS et de la droite parlementaire, dont l’alternance au pouvoir rythmait depuis quarante ans la vie politique. Mais l’influence et la pérennité d’un parti repose aussi sur des relais, humains et financiers, au niveau des multiples institutions territoriales, en particulier les communes. Il s’agit donc pour Macron de disposer de cette assise au travers des prochaines municipales.

Du côté de la millionnaire Le Pen, l’appel du pied aux notables LR est tout aussi appuyé. Elle a appelé « à mettre en œuvre des plateformes d’action communes (…) dès les élections municipales, (…) première marche d’une séquence territoriale » avant les élections départementales et régionales de 2021.

Si, jusqu’à présent, il n’y a pas eu davantage de notables et de dirigeants de la droite parlementaire à rallier l’extrême droite, ce n’était certainement pas par idéologie : des discours de Chirac sur « le bruit et les odeurs » attribués aux immigrés dans les années 1980 aux insanités de Wauquiez lors de la dernière campagne, ils n’ont pas hésité à se vautrer dans la fange raciste et réactionnaire. Mais avant de rallier le FN, puis le RN, ils voulaient être sûrs d’y être gagnants pour leur appareil et pour eux-mêmes.

L’avenir montrera ce qu’il adviendra du marécage de la droite parlementaire. Mais l’odeur est bien caractéristique de la décomposition.

Christian BERNAC