Chlorpyrifos : des ravages annoncés

19 Juin 2019

On sait les dégâts provoqués par le chlordécone, ce pesticide qui a été utilisé pendant des dizaines d’années dans les bananeraies, notamment aux Antilles.

On sait les ravages qu’il a entraînés chez les ouvriers de la banane, les cancers de la prostate induits par ce poison qu’on a continué à épandre pendant près de vingt ans après qu’à la fin des années 1970 les risques sanitaires avaient été signalés. Le même scandale sanitaire criminel se profile avec le chlorpyrifos.

Le chlorpyrifos appartient à une gamme de substances chimiques qui ont été utilisées comme agents innervants pendant la Deuxième Guerre mondiale, puis comme insecticides, certes à doses infiniment plus faibles. Depuis une cinquantaine d’années, ce pesticide est utilisé en agriculture pour détruire les pucerons et les chenilles.

À la fin des années 1990, l’autorisation d’utilisation de ce pesticide aux États-Unis et dans l’Union européenne a été renouvelée, après des études réglementaires qui ont estimé le produit peu ou pas toxique. Ces études avaient été conduites par Dow Chemical soi-même, la multinationale agrochimique qui produit et commercialise le chlorpyrifos !

D’autres études de suivi des populations, conduites pendant des années, ont montré que l’exposition à ce pesticide avant la naissance ou dans les mois qui suivent est associée à un retard de développement du cerveau des enfants, avec déficit du développement mental et du QI. D’autres ont pu prouver des lésions cérébrales précoces chez des enfants dont les mères vivaient à moins de deux kilomètres des lieux de pulvérisation du pesticide. Toutes ces études conduites indépendamment de Dow Chemical ont mis en évidence la toxicité du chlorpyriphos pour le développement du système nerveux central des enfants, tant en raison des traces du poison qui restent dans les fruits et les légumes que de sa suspension dans l’air après les pulvérisations.

Huit pays européens n’autorisent plus son utilisation. En France, l’interdiction reste partielle puisqu’il reste une exception pour les épinards, dont les graines peuvent toujours être enrobées par le pesticide. Comprenne qui pourra ! Sinon que le poids financier des multinationales est tel que leurs intérêts passent bien avant la santé des populations.

Sophie GARGAN