Siaap Achères – Yvelines : reprise dans l’amertume

12 Juin 2019

Les grévistes de l’usine d’Achères du Siaap (Syndicat intercommunal d’assainissement des eaux de l’agglomération parisienne) ont repris le travail mercredi 5 juin, après, pour beaucoup, seize jours de grève complète, et neuf jours après les autres sites de la région parisienne.

Cette reprise est amère pour deux raisons. D’abord la déception sur le montant gagné : certains n’ont rien du tout, et les autres de 40 à 150 euros par mois au lieu des 400 demandés initialement, et alors que certains grévistes ont perdu 600 ou 1 000 euros. Ensuite ceux-ci ont le sentiment de s’être fait voler la décision et d’avoir été trahis par les dirigeants CGT, le syndicat qui avait pourtant lancé la grève, rejoint par FO.

Tout avait bien commencé le 20 mai, avec des piquets fournis sur les différents sites de la région parisienne, et bien sûr à Achères, où la combativité est traditionnellement vive. Les syndicats voulaient négocier sur le régime indemnitaire, qui dépend de la direction du Siaap, établissement de service public. Celle-ci a répondu le 28 mai par une véritable usine à gaz.

Outre un flou inquiétant, une des mesures portait sur le passage à 100 euros d’une prime de site, gagnée par une grève précédente à Achères. Cela voulait dire que le gain pour certains grévistes d’Achères était de... 40 euros, contre 100 pour ceux d’autres sites. Avec cette mesure alambiquée, la direction n’a pas seulement cherché à semer du ressentiment entre grévistes. Elle veut diminuer les effectifs sur Achères, son plus gros site, avec 700 agents, en moyenne mieux payés qu’ailleurs. Alors, quitte à être obligée de lâcher de l’argent, elle en profite pour rapprocher les conditions salariales des sites et rendre ainsi sa politique de mutations internes plus attractive.

Malgré tout, contre l’avis des grévistes d’Achères et d’une partie de leurs propres militants, les dirigeants CGT ont manœuvré dès mercredi 29 mai, veille du pont, pour l’acceptation de ces mesures. Lors d’une assemblée houleuse, lundi 3 juin, des grévistes ont laissé éclater leur colère. Ils ont imposé que les militants CGT favorables à la continuation du mouvement prennent la parole, alors que leurs dirigeants tentaient de le leur interdire physiquement. Des syndiqués ont juré de déchirer leur carte. Mais l’œuvre de démoralisation a fait son chemin, les grévistes reportant seulement au lendemain leur décision, où près de 90 présents ont voté, à la majorité moins 5 voix contre et 6 abstentions, la fin de la grève.

Le Siaap est un organisme public interdépartemental, dirigé par des élus des différents conseils départementaux, les anciens conseils généraux. Son président est d’ailleurs un élu du Parti communiste. Son directeur général vient de la CGT. Ce genre de poste compte pour le PC comme pour la CGT. Cela amène malheureusement les responsables à voir les problèmes économiques et les rapports avec les travailleurs avec les mêmes yeux ou presque que n’importe quel parti bourgeois.

Correspondant LO