Géants du sucre : régulation par le chômage

12 Juin 2019

Mi-février, Saint-Louis Sucre annonçait la fermeture de deux sucreries, à Cagny et Eppeville dans la Somme, ainsi que d’un centre de conditionnement à Marseille pour 2020. Le groupe prévoit aussi des fermetures en Allemagne et en Pologne dans des usines moins importantes.

Plus d’une centaine de postes vont ainsi être supprimés et cela aura des conséquences pour plus de 2 000 agriculteurs. Des planteurs de betteraves, soutenus par des élus locaux, ont posé la question sur un plan national, dénonçant le fait que le groupe allemand Südzucker ne sauverait que les emplois et les agriculteurs allemands, au détriment des français. Cette prétendue priorité nationale de Südzucker a pourtant bien peu de réalité. Le groupe a expliqué sa stratégie face à la surproduction mondiale de sucre qui fait baisser le prix de la tonne de betterave, en répondant : « Nous n’arrêtons pas la production pour la proposer à d’autres acteurs, mais bien pour retirer des capacités du marché. » C’est ce qu’a répondu un de ses dirigeants aux agriculteurs français qui proposaient une reprise du site avec l’aide financière des différents conseils régionaux.

Quelques semaines après les annonces de Südzucker, un groupe bien français, Cristal Union, a annoncé à son tour la fermeture de deux sucreries. Il s’agit de celle d’Aulnat, dans le Puy-de-Dôme, touchant 75 salariés et des agriculteurs qui n’auront d’autre choix que de changer de production, et celle de Toury, dans l’Eure-et-Loir, comptant 120 salariés.

Une compétition oppose les groupes internationaux pour dominer le marché du sucre et de ses dérivés, tels que les aliments pour le bétail ou la fabrication d’alcool. Chacun a sa stratégie, mais ce sont les salariés qui leur servent de variable d’ajustement. Certains n’en sont d’ailleurs pas à leur première fermeture de site, une série ayant déjà eu lieu il y a moins d’une dizaine d’années.

Les travailleurs de ces différents sites ont déjà manifesté à plusieurs reprises. Une grève vient d’avoir lieu le 4 juin à Eppeville, pour faire pression dans les négociations concernant les salariés qui doivent être mutés à la sucrerie de Roye, distante de 23 km. Ils demandent des compensations pour le trajet supplémentaire, ainsi qu’une prime.

Les travailleurs des différents sites devront se faire respecter pour ne pas payer les pots cassés de cette bataille entre capitalistes.

Inès Rabah