Exposition : rouge, art et utopie au pays des soviets

12 Juin 2019

Une exposition au Grand Palais à Paris donne une idée de la fièvre artistique qui a suivi la révolution russe de 1917 en l’opposant à l’art officiel figé de l’époque stalinienne des années 1930.

Elle s’ouvre sur un commentaire anticommuniste assimilant la révolution russe à un « coup d’État bolchevique » et rend celui-ci responsable de la guerre civile. Mais ce qu’elle donne à voir témoigne au contraire, dans cette époque où le jeune État ouvrier est attaqué de toutes parts, d’une société qui fourmille d’idées et de débats.

Des documents, provenant notamment des musées de Saint-Pétersbourg et de Moscou, montrent comment des artistes d’avant-garde ont voulu être en prise directe avec la vie des ouvriers et des paysans transformée par la révolution. Dans un manifeste publié en 1918, Maïakovski voulait abolir le « séjour de l’art » dans les galeries ou les musées, pour qu’il descende dans la rue et dans les usines, pour mêler l’art à la vie. L’exposition montre quelques fenêtres Rosta, du nom de l’agence télégraphique russe, créées au pochoir pour être facilement reproductibles et placardées dans les vitrines des magasins. Elles étaient destinées à l’agitation et à la propagande, l’agit-prop, avec des slogans allant de la nécessité de faire bouillir l’eau pour lutter contre les épidémies à la révolution mondiale. Des trains d’agit-prop circulant dans les territoires gagnés par la révolution servaient à la fois de tribunes, de lieux de distribution de journaux et de tracts, de bibliothèques et de salles de cinéma. Des fêtes et des spectacles de rue avec des décors futuristes revivent également dans l’exposition, au côté de projets d’architecture ambitieux, d’extraits de films, d’objets usuels destinés à faciliter la vie quotidienne, considérés aujourd’hui comme les ancêtres du design.

L’internationalisme est une évidence sur les affiches de propagande, sur la maquette d’un monument à la IIIe Internationale, ou encore dans l’exposition qui, en mars 1924 à Moscou, a réuni des peintures d’artistes allemands, pour la plupart engagés dans la révolution de leur pays. Des peintures traditionnelles sont également présentes dans cette première partie de l’exposition.

Le gouvernement de Lénine et de Trotsky refusait en effet de donner une estampille officielle à aucun des courants artistiques, voulant préserver la plus grande liberté de création artistique. Il liait le développement de la culture aux tâches immédiates d’éducation et de lutte contre l’analphabétisme. Au premier étage, l’exposition, suivant la chronologie, montre l’emprise croissante de la dictature stalinienne sur les arts, faisant plier de nombreux artistes. C’est en 1930 que Maïakovski se suicide.

Au Grand Palais, jusqu’au 1er juillet, entrée 14 euros

Jean SANDAY