Violences policières : l’État couvre ses sbires

05 Juin 2019

Dimanche 2 juin, entre 300 et 400 personnes ont défilé dans Paris pour condamner les violences policières et exiger l’interdiction du LBD et de certains types de grenades lacrymogènes ou de désencerclement.

Dans les premiers rangs des manifestants, des éborgnés ou des mutilés de la main rappelaient la violence avec laquelle le gouvernement a répondu depuis novembre aux revendications du mouvement des gilets jaunes.

Deux jours auparavant, le procureur de Paris Rémy Heitz avait annoncé dans Le Parisien que des policiers seraient envoyés devant le tribunal correctionnel de Paris avant la fin de l’année. Il a évoqué huit enquêtes, sur les 174 ouvertes en interne à Paris contre des policiers et gendarmes, parmi lesquelles on compte celles sur le tabassage de manifestants dans un Burger King le 1er décembre et sur la mutilation à l’œil infligée à Jérôme Rodrigues le 26 janvier.

Entre ces déclarations et l’ouverture d’un procès, il y a une marge, bien sûr. Le procureur a une formule qui laisse deviner que bien de l’eau va encore couler sous les ponts : « Cela prend du temps : il faut analyser des heures de vidéos, recueillir des témoignages, identifier les auteurs et évaluer les préjudices des victimes. » Et de s’interroger prudemment : « Policiers et gendarmes ont-ils pu faire, parfois, un usage illégitime ou disproportionné de la force ? » Autrement dit, était-il donc légitime et proportionné de faire perdre, parfois, une main ou un œil à un manifestant ? Lorsqu’elle a jugé les gilets jaunes, la justice ne s’est pas posé de telles questions philosophiques. Il s’agissait de faire vite pour les condamner.

Pour l’heure, sur les 248 enquêtes ouvertes par la Police des polices à l’échelle du pays, aucune n’a abouti à une suspension d’exercice, même ponctuelle. Le policier qui a renversé une manifestante septuagénaire à Nice, lui infligeant plusieurs fractures du crâne, continue d’exercer. Quant au commandant de police dont les images montraient sans ambiguïté qu’il frappait des manifestants à Toulon le 5 janvier, il n’a jamais été inquiété.

Les déclarations du procureur de Paris ont cependant suffi à déclencher une émotion dans les rangs policiers. Le gouvernement leur a garanti l’impunité et voilà qu’un procureur lèverait sur leur tête le glaive de la justice ? La réplique du secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nunez, a été immédiate : il a assuré à ses troupes que « ce n’est pas parce qu’une main a été arrachée, parce qu’un œil a été éborgné », qu’il y a eu faute !

Boris SAVIN