Univers carcéral : une société qui ferme des écoles et ouvre des prisons

05 Juin 2019

Un rapport de l’observatoire international des prisons (OIP) met en lumière le nombre de violences commises par des surveillants sur des détenus, dans les prisons françaises.

Cette violence bien souvent impunie et cachée prend sa source en grande partie dans les conditions inhumaines existant dans les prisons en France, tant pour les détenus que pour les gardiens.

En un an d’enquêtes, l’OIP a recueilli de nombreux témoignages et environ 200 demandes d’intervention. Il ressort de ce rapport intitulé « Omerta, impunité, opacité » que bien trop souvent les violences émanant des surveillants restent complètement tues. Tout d’abord, aucune institution ne se donne la peine de les répertorier alors que celles des détenus le sont. Or il est compliqué pour une personne condamnée ou même seulement accusée de délit ou de crime de faire entendre une plainte contre des surveillants de prison.

D’après ce rapport, les violences sont le fait d’une minorité de surveillants, qui peuvent aller jusqu’à mettre en danger la vie de certains détenus parmi les plus fragiles. Mais tout le système est organisé pour couvrir les violences des gardiens.

La prison est un monde fait de rapports de forces entre détenus et entre eux et les surveillants. Loin d’être un lieu de réintégration, l’univers carcéral est un concentré de ce qu’il y a de pire dans la société. Les conditions d’incarcération, la surpopulation, l’état de délabrement des prisons, l’impossibilité de lutter contre les réseaux mafieux permettent aux plus forts de dominer et d’imposer leur loi.

Cette situation contribue largement à ce que les tensions se multiplient. C’est bien souvent dans ce cadre que la violence des surveillants dérape, quand ils doivent réprimer des explosions liées en grande partie à l’inhumanité de la prison. Le système leur demande de mater ceux que la société enferme, et pour ce faire les moyens de répression ont même été accrus dernièrement. Le pouvoir, incapable de trouver une réponse satisfaisante à la surpopulation des prisons, a permis un durcissement des sanctions disciplinaires contre les détenus.

La loi élargit ainsi la possibilité de recourir au quartier disciplinaire, le fameux « mitard » dans le jargon carcéral. Les surveillants sont donc placés devant des détenus plus nombreux, plus soumis à la violence de la prison et on leur dit en substance : « Allez-y, vous avez les mains libres. De toute façon, ne vous inquiétez pas, la loi du silence vous couvre. » Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que certains laissent exploser leur hargne et leur cruauté. Mais la responsabilité de ces violences incombe d’abord à ceux qui perpétuent un système carcéral inhumain.

Marion AJAR