Soudan : l’armée cherche à briser le mouvement populaire

05 Juin 2019

Lundi 3 juin, les militaires et la police soudanaise ont violemment dispersé le rassemblement qui se tenait jour et nuit devant le quartier général des forces armées à Khartoum. Au moins 60 personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées.

Depuis des semaines, les chefs militaires qui ont remplacé Omar al Bachir au pouvoir avaient dû tolérer ce meeting permanent, où des milliers de personnes venues parfois de villes lointaines discutaient de l’avenir de leur mouvement. Après avoir contraint les chefs militaires à évincer le dictateur, elles exigeaient un gouvernement civil. Les chefs de l’armée avaient dû aussi entamer les négociations avec la coalition des partis d’opposition, l’Alliance pour la liberté et le changement et l’Association des professionnels soudanais, qui avait mené le mouvement sur le terrain depuis décembre.

Les chefs militaires ont montré clairement qu’ils entendent garder la main et organiser l’après Omar al Bachir à leur guise. Ils exigent de prendre la tête d’un Conseil souverain qui dirigerait le pays pendant trois ans avant qu’interviennent des élections.

L’opposition civile avait appelé à la grève générale pour les 28 et 29 mai. Elle a paralysé les banques, les transports, les hôpitaux, les commerces, largement suivie malgré l’intervention des Forces de soutien rapide, les anciens « Janjawid » qui avaient été recrutés pour semer la terreur au Darfour avant d’être intégrés dans l’appareil de répression d’Omar al Bachir. Elles ont pénétré dans les banques en grève et les locaux de la compagnie générale d’électricité à Khartoum, sans pour autant réussir à faire reprendre le travail aux grévistes.

Le vendredi suivant 31 mai, les militaires ont organisé une contre-manifestation pour les soutenir, acheminant des milliers d’habitants des campagnes venus à Khartoum en clamant : « Le pouvoir aux militaires », « Le pouvoir à l’islam ». Et ils ont estimé le moment venu d’en finir avec le mouvement populaire dont la mobilisation exerçait une pression permanente. La dispersion du rassemblement autour du quartier général à Khartoum a donné lieu à toutes les violences dont sont capables les forces de répression.

Les dirigeants du mouvement populaire ont aussitôt appelé à la grève générale et à la désobéissance civile. Celui-ci n’a pas dit son dernier mot. Pendant ces mois de combat, d’abord contre la hausse du prix du pain, puis contre le régime d’Omar al Bachir et enfin pour continuer à s’exprimer et à se battre, les manifestants ont appris la lutte et l’organisation. Ils ont pris conscience de leur force, et face à celle-ci la répression aujourd’hui enclenchée par les chefs militaires n’a pas encore gagné.

Daniel MESCLA