Recomposition de la droite : LR tombe à l’eau, que reste-t-il ?

05 Juin 2019

Après les résultats des élections européennes, la comptine selon laquelle LREM, LR et le RN sont dans un bateau se conclut par : LR tombe à l’eau. La démission du président des Républicains, Laurent Wauquiez, vient de signer son naufrage.

L’électorat grand-bourgeois traditionnel de la droite, dans les arrondissements de l’Ouest parisien, a choisi : près de la moitié de ses voix se sont portées sur la liste macronienne de Nathalie Loiseau. Certains élus LR avaient, dès après la présidentielle et l’explosion en vol de Fillon, lancé des Ateliers de la refondation. Et au lendemain du 26 mai Larcher, le président LR du Sénat, a proposé, avec le soutien de quelques figures comme la présidente de la région Île-de-France Pécresse et le président du groupe LR au Sénat Retailleau, une « initiative » qui rassemblerait la droite et ce qu’il nomme le centre. D’autres encore appellent à sauver la droite ou au devoir de survie.

Mais les faits sont là, les résultats électoraux se succèdent et confirment : l’électorat de droite s’est détourné du parti traditionnel et, les municipales suivant de près les européennes, bien des élus LR se hâtent de quitter le navire en perdition pour rejoindre Macron et sa clique. « Si vous avez l’étiquette LR, vous êtes carbonisé, alors qu’avec celle de LRM ça vous fait 20 points de plus immédiatement », calcule l’un d’eux sans fioriture. D’autres, plus délicats, telle une élue LR au conseil de Paris, ne se reconnaissent pas « dans la ligne droitière, celle que défendait Laurent Wauquiez » ou, comme un député LR, déplorent le manque d’idées, comme s’il s’agissait de cela !

La course ouverte après le résultat électoral pour s’assurer une place est âpre. Du côté des macronistes, le ton est même menaçant : il faut se rallier à eux pour le vote de confiance qui devrait suivre le discours du Premier ministre, le 12 juin. Darmanin, ex-LR lui-même, appelle les maires « à réparer le pays », en rejoignant LREM. Solère, ancien porte-parole de Fillon, les adjure de « former un bloc central qui ait des résultats ». Car la concurrence, du côté de l’extrême droite, est vive. Marine Le Pen a lancé aux hommes de LR : « Nous tendons la main » et sa nièce a pris les devants pour appeler à former une grande coalition entre la « droite populaire » et le RN. Selon elle, il s’agit de « contrer le grand projet progressiste » qui caractériserait la politique de Macron.

Pendant que bien des politiciens LR se livrent à des calculs et tractations pour déterminer à quelle écurie il convient de se rattacher pour conserver leurs postes, des têtes d’affiche comme Juppé ou Raffarin ont de longue date rallié Macron. Il est vrai que ce dernier a quasiment aboli l’ISF, lancé la réforme du Code du travail, pérennisé le CICE, attaqué la classe ouvrière sous plusieurs angles. Que promettre de plus à l’électorat anciennement LR ?

Quant à céder aux sirènes de l’extrême droite, dont les accents antiouvriers, antimigrants, sonnent si bien aux oreilles des politiciens réactionnaires, le positionnement du LR de Wauquiez les y préparait. C’est le pas déjà franchi par des Mariani et des Garraud. Une recomposition de cette droite-là avec tout ou partie de l’extrême droite n’est donc pas exclue. Mais il lui faudrait alors réussir à surenchérir sur les attaques de Macron contre les travailleurs et les couches populaires. Une gageure !

Viviane LAFONT