Investissements : l’attractivité… de l’argent public

05 Juin 2019

L’investissement étranger est au plus haut en France. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, s’en félicite, relayé par la presse patronale, et fait l’éloge de la politique du gouvernement : en plus de la démolition du Code du travail, c’est en particulier grâce au Crédit impôt recherche (CIR) qu’il réussirait à attirer les entreprises innovantes chères à Macron.

Créé en 1983, le CIR a bénéficié de la sollicitude de tous les gouvernements, de gauche comme de droite. Avant 2008, il s’élevait à 10 % des nouvelles dépenses de recherche, plafonnées à 16 millions d’euros par entreprise déclarante. Ensuite, son taux a atteint 30 % de toutes les dépenses déclarées dans le domaine de la recherche, dans la limite de 100 millions d’euros. Le gouvernement Sarkozy s’attendait à une facture de deux milliards d’euros : dès 2010 elle frôlait les cinq milliards.

Les plus grosses entreprises, celles du CAC 40, sont les mieux servies. En 2014, les services fiscaux estimaient que 15 % des dossiers étaient frauduleux. Des filiales, des unités de recherche fantômes ont pu s’installer simplement pour percevoir le crédit d’impôt, et pas seulement pour les entreprises étrangères effectuant leurs recherches ailleurs. Renault s’est employé à répartir ses dépenses dépassant le plafond des 100 millions d’euros et ainsi récupérer la somme maximum.

Évidemment, pour les mêmes groupes français ou étrangers, de l’automobile à l’industrie pharmaceutique, de Ford à Renault, Peugeot ou Sanofi, cela n’a rien changé à leur politique de suppression d’emplois, y compris parmi les chercheurs.

Sans surprise, malgré quelques couacs de certains parlementaires, vite recadrés au moment du grand débat, le gouvernement est bien décidé à maintenir le cadeau de 6 milliards d’euros, ou plus, que constitue le CIR. S’ajoutant aux 20 milliards du Crédit impôt compétitivité emploi (CICE), devenu une baisse pérenne des prétendues charges patronales, ils feront gonfler les coffres des actionnaires par le pillage des fonds publics.

Sylvie MARÉCHAL