General Electric Belfort : interdire les licenciements !05/06/20192019Journal/medias/journalnumero/images/2019/06/LO2653.jpg.445x577_q85_box-0%2C23%2C483%2C649_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

General Electric Belfort : interdire les licenciements !

Sur les 1 044 licenciements annoncés par General Electric deux jours après les élections, un millier concernent les sites de Belfort et Bourogne, une usine située à 12 kilomètres.

Dans le secteur des Turbines gaz, qui appartient à GE depuis vingt ans, 800 postes devraient être supprimés, soit presque la moitié de l’effectif actuel. Et parmi les 252 dans les services Support, 200 sont aussi à Belfort.

Par son ampleur, bien qu’attendu et craint depuis plusieurs mois, ce plan que la direction voudrait appliquer en quatre mois a été ressenti comme un coup de massue.

En 2015, au moment du rachat par GE de la branche Alstom Energie, voulu par Bouygues et les gros actionnaires d’Alstom, Jeff Immelt, le PDG de GE, accompagné de celui d’Alstom, était venu faire un discours à Belfort. « On va faire de grandes choses ensemble », avait-il déclamé.

Alors que des milliers de suppressions d’emplois et des fermetures étaient programmés dans tous les secteurs ex-Alstom en Europe, les travailleurs en France étaient abreuvés de promesses de nouveaux investissements et de créations d’emplois. Le gouvernement, Macron ministre puis président, et tous les politiciens locaux embouchaient les trompettes patronales. Au moins 500 des 1 000 emplois net promis en France devaient être réalisés à Belfort. Rien de tout cela n’est venu, sinon beaucoup d’argent public pour financer de nouveaux bâtiments, comme celui construit à Bourogne qui sert maintenant à ranger des pièces, ou bien pour les aménagements routiers permettant le transport des convois exceptionnels des turbines.

À peine deux ans après cette fusion, qui a rapporté des milliards à Bouygues et consorts, le PDG de GE annonce la couleur. Pour lui, le marché des centrales électriques, notamment des turbines à gaz, s’est retourné, le rachat d’Alstom a été une mauvaise affaire, il faut dégager du cash, augmenter les bénéfices, pour verser les dividendes attendus par les actionnaires.

Le vaste plan d’économies de 800 millions d’euros, imposé notamment dans l’entité Turbines gaz, signifie le renvoi des intérimaires et de nombreux prestataires, des services réorganisés, éclatés, les salaires quasi bloqués, l’aggravation des conditions de travail pour être plus compétitif. En trois ans, l’effectif de Turbines gaz a déjà baissé de 200. C’est aussi une baisse brutale des commandes chez les sous-traitants, qui ont déjà supprimé des emplois par centaines.

Et puis, près de 300 suppressions de postes dans le secteur GE Energy (ex-Alstom) sont en cours, par le biais de ruptures conventionnelles collectives (RCC) et de mesures d’âge, sur un effectif d’environ 1 400 travailleurs.

Depuis que la rumeur d’un plan de licenciements chez Turbines gaz s’est transformée en certitude, l’intersyndicale CGC-SUD-CGT, avec les élus locaux et politiques de tous bords, s’en remet au gouvernement et à Macron pour défendre auprès de GE une diversification industrielle, l’aéronautique, l’hydrogène, etc., et l’avenir de la turbine à gaz pour le site de Belfort.

Lundi après-midi 3 juin, cinq jours après l’annonce du plan, le ministre Le Maire est venu dans l’entreprise. Les travailleurs de GE, principalement ceux de Turbines gaz, étaient massivement présents au rassemblement appelé par l’intersyndicale, où ont été dénoncés les mensonges continuels de GE. La crainte s’est exprimée que ce plan puisse être les prémisses d’une fermeture et le sentiment que, de toute manière, la volonté des décideurs de GE était de faire travailler plus à moins nombreux. Grossis de travailleurs des autres secteurs du site, de la ville, de sous-traitants, de retraités, de gilets jaunes, environ 900 participants au rassemblement ne se sont pas privés de conspuer Le Maire à son arrivée. Jusqu’à présent, il s’était fait ouvertement le porte-parole de GE pour ses prétendues bonnes raisons de supprimer autant d’emplois, au moment où beaucoup ont en tête PSA, Ford, Ascoval, Whirlpool.

Au cours de la rencontre qu’il a eue avec les syndicats, les représentants de l’État et les élus, Le Maire se serait montré plus compatissant pour les travailleurs menacés d’être licenciés, proposant une commission de suivi à partir de septembre pour examiner l’application des engagements de GE. C’est se moquer du monde.

Les travailleurs ne pourront compter que sur eux-mêmes, leur détermination à défendre leur emploi, leur salaire et leur peau, pour faire reculer GE. C’est cela qui en jeu.

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