Le RN : surtout antiouvrier

28 Mai 2019

Avec 23,3 % des voix, la liste du Rassemblement national (RN, ex-FN) est arrivée en tête le 26 mai. Par rapport au précédent scrutin européen de 2014, qui avait déjà vu le FN devancer les autres partis, le nombre d’électeurs d’extrême droite s’est accru, passant de 4,7 à 5,2 millions, même si, la participation ayant augmenté, son pourcentage reste en deçà de celui de 2014.

Dans ces élections, le RN a eu en partie les voix, à droite, de ceux qui se sont détournés du parti Les Républicains, durablement discrédité par le scandale Fillon et l’échec qui s’en est suivi à la dernière élection présidentielle. Qu’une partie de l’électorat de droite issu des milieux les plus réactionnaires de l’opinion, parmi les catholiques intégristes, les racistes et les nostalgiques des guerres coloniales, puisse voter à l’extrême droite, ce n’est pas un phénomène nouveau. Dans les années 1990, la compétition pour gagner cette frange de l’électorat opposait déjà le RPR de Chirac au FN de Le Pen père, permettant à ce dernier de remporter d’importants succès électoraux dans des départements comme le Var ou les Alpes-Maritimes.

Mais c’est souvent dans les quartiers populaires et dans les villes ouvrières que l’extrême droite a eu des succès. Ainsi, dans le Nord-Pas-de-Calais, la liste RN a recueilli 456 069 voix, soit environ 56 000 de plus qu’en 2014. Dans de nombreuses villes de l’ancien bassin minier du Pas-de-Calais, dans de nombreuses petites villes du Nord sinistrées par les licenciements, les fermetures d’entreprises, le chômage et la précarité, le parti de Le Pen obtient des résultats importants, avec plus de 40 % de voix.

Au sein de l’électorat populaire, une fraction importante, sinon majoritaire dans les quartiers les plus pauvres, a exprimé son mécontentement en s’abstenant. Mais d’autres ont apporté leurs voix à la liste de Le Pen, en donnant à ce vote le sens d’une protestation sociale contre Macron. D’autres listes avaient appelé à faire de cette élection européenne un référendum anti-Macron. Mais, le RN apparaissant comme celui qui était le plus en situation d’arriver en tête, il a bénéficié d’un effet « vote utile » contre Macron. Tous ceux qui ont réduit l’élection à un vote sanction contre le président ont ainsi contribué à faire le jeu du RN. La campagne empreinte de nationalisme de la France insoumise de Mélenchon, sur la nécessité de rétablir les frontières du pays avec l’Europe, a contribué à effacer celle qui la différenciait politiquement du RN aux yeux des électeurs des milieux populaires.

Plus largement, l’électoralisme des partis de gauche, du PS et du PC, leurs trahisons et leurs reniements répétés chaque fois qu’ils se sont retrouvés au pouvoir, tout cela a contribué à effacer les réflexes de classe des travailleurs et à les désorienter politiquement.

Ainsi, au sein des classes populaires, certains ont voté pour l’extrême droite en croyant que c’était le moyen d’exprimer leur opposition à Macron sans forcément exprimer leur adhésion aux idées de celle-ci. Mais ainsi ils ont permis à un mouvement profondément antiouvrier de se renforcer. Les succès électoraux de l’extrême droite risquent de faire reculer encore davantage parmi les travailleurs la conscience que les capitalistes et leurs représentants sont les véritables responsables des reculs catastrophiques imposés à toute la société. Ces succès alimentent la division parmi les travailleurs, en fonction de leur origine ou de leur religion.

Dans une période où, plus que jamais, la solidarité et l’organisation contre les exploiteurs sont indispensables aux travailleurs pour défendre leurs droits, leurs emplois et leurs conditions de vie, le poison des idées du RN est plus que jamais à combattre.

Marc RÉMY