Industrie pharmaceutique : pénurie de cortisone, mais pas de profits

28 Mai 2019

Mercredi 22 mai, le chef du service de rhumatologie de l’hôpital Saint-Antoine, Francis Berenbaum, a lancé une pétition pour dénoncer la pénurie de médicaments à base de cortisone, les corticoïdes.

D’après lui, « certains patients sont obligés de faire dix pharmacies pour trouver leurs comprimés. Les ruptures de stock concernent tous les corticoïdes : prednisone, prednisolone, produits pour infiltration, etc. »

Deux jours plus tard, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) s’est voulue rassurante en déclarant que les trusts pharmaceutiques s’engageaient à un retour à la normale pour la fin du mois de juin. On verra d’ici là, car l’État bien sûr n’a pris aucune mesure pour les contraindre à augmenter la production de ces médicaments, dont certains sont fabriqués par le groupe français Sanofi.

L’ANSM a seulement conseillé aux médecins de réduire les prescriptions, comme si ceux-ci « proposaient ce genre de médicament par plaisir », s’est indigné à juste titre Francis Berenbaum. Les corticoïdes servent en effet de traitement de base pour des centaines de milliers de personnes atteintes de maladies inflammatoires, d’asthme, de sclérose en plaques, mais aussi dans le cas de greffes d’organes et pour lutter contre certains cancers.

Les ruptures d’approvisionnement en médicaments sont de plus en plus fréquentes. Selon l’ANSM, on en a compté 530 en 2017, soit 30 % de plus qu’en 2016 et dix fois plus qu’en 2008. Alors, pourquoi une telle multiplication des pénuries ?

Comme dans les autres secteurs industriels, un patron peut arrêter de produire une molécule ancienne bon marché car elle ne lui rapporte pas assez, comme le dénonce Francis Berenbaum dans le cas des corticoïdes : « Ce sont des médicaments qui ne coûtent rien. Les laboratoires qui les commercialisent n’ont pas un grand intérêt à investir pour qu’il y ait un suivi et un réapprovisionnement rapide de ces spécialités. »

À cela s’ajoute la généralisation du flux tendu pour éviter au maximum les stocks, ainsi que l’externalisation de la production en Chine et en Inde, qui augmente les délais d’approvisionnement. De plus en plus, seules quelques usines, voire une seule, fabriquent pour le monde entier un principe actif indispensable à la fabrication d’un médicament. L’arrêt de la production dans cette usine entraîne la rupture d’approvisionnement à l’échelle mondiale. Enfin, les laboratoires préfèrent vendre un médicament dans les pays où le prix est plus élevé, par exemple aux États-Unis où ils sont vendus deux à trois fois plus cher qu’en Europe.

En fait, si l’augmentation de ces pénuries a différentes causes, celles-ci ont toutes la même origine : un système économique organisé exclusivement en fonction des profits. La production pharmaceutique concerne la santé de millions d’hommes. Plus encore que dans le reste de l’économie, cela nécessiterait une production planifiée à l’échelle de la planète, organisée en fonction des besoins de la population, sous son contrôle et celui des travailleurs.

Arnaud LOUVET