Essais nucléaires en Polynésie : une reconnaissance hypocrite !

28 Mai 2019

Le Parlement vient de reconnaître, jeudi 23 mai, que la Polynésie a été « mise à contribution » par la France dans « la construction de la capacité de dissuasion nucléaire et à la défense nationale », et que cette « contribution n’était pas volontaire ».

Ce jargon parlementaire édulcore la responsabilité écrasante de l’État français qui, de 1966 à 1996, a procédé à 193 essais nucléaires sur les atolls de Mururoa et de Fangataufa, en mentant sciemment à la population, persuadée de l’innocuité de ces essais. Les gouvernements successifs ont caché la dangerosité des radiations aux militaires qui procédaient à ces essais et aux habitants qui venaient même parfois y assister en famille, comme à un spectacle.

On estime aujourd’hui que 150 000 personnes ont été touchées par les radiations. Dans l’île de Tureia, la plus proche de Mururoa où avaient lieu les essais nucléaires atmosphériques entre 1966 et 1974, près d’un habitant sur cinq souffre de maladies comme des cancers, des malformations ou des maladies neuropsychiatriques.

Quant aux conséquences sur la faune, sur la flore, des scientifiques ont calculé qu’il faudra attendre 240 000 ans pour que les retombées du plutonium, présent dans l’arme nucléaire, soient complètement neutralisées.

La reconnaissance ampoulée du Parlement est donc bien tardive et largement insuffisante. D’autant qu’elle ne se double pas de mesures de réparation. La loi Morin votée en 2010, qui prévoit les indemnisations des victimes, est en effet très restrictive.

Seuls une trentaine de militaires, parmi ceux présents sur les lieux, ont été à ce jour indemnisés après un véritable parcours du combattant. Si un Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) a bien été créé, ce dernier s’ingénie à refuser aux victimes toute indemnisation. Douze victimes ont ainsi attaqué le 21 mai devant le tribunal administratif de Papeete le CIVEN pour un refus, mais dix d’entre elles ont été déboutées, au prétexte qu’elles ne pouvaient pas prouver avoir été exposées à une dose critique de radioactivité. Ainsi, c’est aux malades que l’on demande de prouver la responsabilité de l’État dans leurs cancers et autres maladies, alors qu’il est avéré que les essais nucléaires ont empoisonné l’archipel.

Dans ces conditions, cette reconnaissance du Parlement a tout d’une mise en scène. Seule une réelle prise en compte financière et médicale des victimes équivaudrait à un début de réparation.

Aline URBAIN