Crèches : “Pas de bébés à la consigne”

28 Mai 2019

Jeudi 23 mai, à l’appel du collectif « Pas de bébés à la consigne », des professionnels de la petite enfance ont fait grève et manifesté dans une cinquantaine de villes.

Ils dénonçaient un projet d’ordonnance rédigé par la DGCS (Direction générale de la cohésion sociale) sous la tutelle de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

Pour le gouvernement, il s’agit d’augmenter le nombre de places en crèche, de 30 000 places supplémentaires d’ici 2022, sans augmenter le nombre de crèches ni les agrandir, et surtout sans augmenter les moyens humains.

D’abord, l’ordonnance baissera le taux d’encadrement des enfants. Jusqu’à présent, la loi prévoyait un encadrant pour cinq enfants ne sachant pas marcher, et un pour huit enfants autonomes. Désormais ce critère de la motricité sera supprimé, ce qui autorisera un encadrant pour huit enfants, qu’ils sachent marcher ou non. Ensuite, l’ordonnance supprimera le quota de professionnels qualifiés (puéricultrices et auxiliaires de puériculture, éducateurs de jeunes enfants, infirmiers et psychomotriciens), actuellement de 40 % par structure, ce qui augmentera la proportion de personnel non formé et moins payé. Enfin, l’ordonnance diminuera la superficie par enfant, la faisant passer de 7 à 5,5 mètres carrés.

Ce projet d’ordonnance est dans la continuité du décret de Nadine Morano, adopté en juin 2010, contre lequel les professionnels de la petite enfance s’étaient déjà mobilisés. Ce décret a accompagné l’ouverture au privé des crèches, qui ont été longtemps municipales ou associatives. Il a fait passer le quota de professionnels qualifiés de 50 % à 40 % de l’effectif. Enfin, il a imposé aux crèches de forts taux de remplissage, autorisant l’inscription de 10 % ou 20 % d’enfants supplémentaires au-delà de leur capacité d’accueil. La conséquence a été une surcharge de travail pour les équipes, avec des retombées catastrophiques pour les enfants, entassés, livrés à eux-mêmes, laissés plus longtemps avec leur couche souillée et forcés d’ingurgiter (ou non) leur repas à la va-vite.

Les professionnels de la petite enfance ont mille fois raison de refuser ce projet.

Julie LEMÉE