Taxis, ambulances, auto-écoles : tous dans la rue, parce que tous menacés

22 Mai 2019

Chauffeurs de taxi, ambulanciers et moniteurs d’auto-école ont manifesté lundi 20 mai, multipliant les opérations escargot et les ralentissements. Ce mouvement a rassemblé des professions qui n’ont pas seulement en commun d’utiliser des véhicules, mais aussi de voir leur gagne-pain menacé par les lois que prend le gouvernement.

Pour les taxis, il s’agit avant tout de réagir contre la concurrence des chauffeurs de VTC, comme ceux de la plate-forme Internet Uber. Ils craignent que la nouvelle loi dite « mobilité » ne permette à ces derniers d’emprunter comme eux les couloirs de bus ou d’obtenir des places de stationnement sur la voie publique, des stations Uber en quelque sorte. Or, disent-ils, ils ont payé cher une licence pour bénéficier de ces avantages, ce qui n’est pas le cas des VTC. Cette guerre dure depuis l’arrivée des plateformes Internet sur ce marché et c’est en grande partie une guerre entre pauvres qui veulent essayer de s’en sortir en se mettant à leur compte, car le chauffeur de taxi qui a dû s’endetter pour payer sa licence et le jeune qui se fait exploiter par Uber sont issus de situations similaires, voire des mêmes banlieues.

Les propriétaires d’auto-école, eux, protestent contre la réforme en cours du permis de conduire, qui supprimerait l’obligation de disposer d’un local. Elle favoriserait ainsi le développement des auto-écoles en ligne, employant des moniteurs autoentrepreneurs et capables de proposer des leçons moins chères. Ils s’insurgent aussi contre la possibilité pour le candidat de s’inscrire directement à l’examen.

Quant aux ambulanciers, ils continuent ainsi un mouvement débuté fin 2018 contre une réforme qui prévoit que ce soit les hôpitaux et les cliniques qui paient directement les transports des malades, et non plus l’Assurance maladie. Ils craignent ainsi que, soucieux d’économies budgétaires, les établissements favorisent dans les appels d’offres les grands groupes pour le retour à domicile des patients.

Cette protestation mêle des petits patrons, comme ceux des auto-écoles qui n’emploient guère plus de quatre salariés, ou ceux des petites sociétés d’ambulances, leurs salariés qui craignent de voir leur emploi menacé, ou des chauffeurs individuels. Tous dénoncent ce qu’ils appellent l’ubérisation. Mais derrière cette évolution, c’est le talon de fer du grand capital qui est à l’œuvre, écrasant ceux qui avaient cru lui échapper et trouver une certaine liberté en n’étant pas salariés.

Daniel MESCLA