Suppressions d’emplois : la sauvegarde des profits, ça suffit !

22 Mai 2019

« Le chômage est au plus bas depuis dix ans », prétend Macron, et la presse lui emboîte le pas. C’est un grossier mensonge car, si le taux de chômage dans la population active a baissé de 0,1 % au premier trimestre 2019, il y a toujours, selon les statistiques du ministère du Travail, six millions et demi de chômeurs toutes catégories confondues, sans compter ceux de Mayotte.

En fait, le gouvernement joue sur une donnée qui lui échappe totalement, le vieillissement de la population. Moins de jeunes arrivant sur le marché du travail, une baisse de la tension, comme disent les statisticiens, se produit mécaniquement. Il n’empêche que, en dix ans, le nombre de chômeurs sans aucun emploi et sommés d’en chercher un a augmenté d’un million, pour s’établir à 3,4 millions. Et la prétendue baisse n’existe pas chez les jeunes de moins de 25 ans, ni chez les seniors au-delà de 50, au contraire.

De toute façon, il est difficile de croire la fable présidentielle, quand les groupes capitalistes et leurs filiales annoncent chaque semaine de nouvelles vagues de suppressions d’emplois. Les plus récentes concernent les travailleurs de chez Ford, qui prétend, par une « refonte intelligente », des départs dits volontaires et des licenciements secs, parvenir à supprimer 7 000 emplois dans le monde. Pour n’en citer que certains, 400 à 500 travailleurs de l’usine de boîtes de vitesses de Blanquefort risquent le chômage, et ceux de l’usine allemande de la Sarre jouxtant Creutzwald en Moselle sont menacés par l’annonce de 1 600 suppressions sur les 7 000 emplois actuellement existants, ce qui concerne de nombreux frontaliers.

Des coupes claires sont annoncées chez General Electric à Belfort, dans les magasins Carrefour et Auchan, à la Société générale, à la RATP, chez Air France dans les escales, chez Castorama, Bosch à Rodez, Arjowiggins du groupe Sequana… Quant à l’État, Macron y confirme des suppressions de postes de fonctionnaires, après avoir fait mine de reculer sur ce point devant la colère des gilets jaunes sur la dégradation des services publics. Il s’agit, dit-il, de réduire la dépense publique, sous prétexte de baisser les impôts. À d’autres !

Derrière la permanence du chômage de masse, une plaie pour des millions de familles populaires, il y a le mécanisme inexorable de l’exploitation. Les responsables n’en sont pas les machines et les robots, mais la recherche du profit, en hausse malgré la crise économique mondiale. L’intensification du travail, la mise en œuvre la plus longue possible des locaux et des installations industrielles, vont de pair avec l’allongement du temps annuel de travail et le tassement des salaires. Le chômage massif contribue à son tour à faire pression pour la diminution des salaires. Les capitaux ainsi dégagés vont grossir les flots d’argent virtuel de la bulle financière et les fortunes bien réelles des spéculateurs. Ce n’est pas le moindre des scandales que, à l’annonce d’une vague de licenciements, l’action du groupe licencieur s’envole en Bourse et les mises capitalistes à l’avenant.

Qu’importe ! Les hommes qui nous gouvernent, en matière de chômage, se contentent de peu pour triompher. Un 0,1 % de fausse baisse, une promesse de l’inversion de la courbe leur suffisent. Quitte à venir déplorer plus tard l’inefficacité des politiques de lutte contre le chômage.

Pour commencer, l’urgence serait d’interdire aux grands groupes capitalistes de licencier comme ils veulent.

Viviane LAFONT