États-Unis : droit à l’avortement menacé

22 Mai 2019

Les uns après les autres des États américains gouvernés par le Parti républicain prennent des dispositions législatives limitant et même interdisant le recours à l’avortement.

C’est la suite d’une campagne permanente de politiciens réactionnaires et de partisans d’un ordre moral et religieux contre ce droit élémentaire, pour lequel les femmes se sont battues et qui a été reconnu en 1973 par la Cour suprême des États-Unis.

En Alabama, les médecins qui pratiquent des avortements sont ciblés et criminalisés par ces nouvelles dispositions. À la fin de l’année, ils seront passibles de 99 ans de prison, même si leur patiente a été victime d’inceste ou de viol. En Ohio, une fillette de 11 ans, violée par un adulte, sera peut-être obligée de donner naissance à l’enfant de son tortionnaire.

En Georgie la nouvelle loi, applicable l’an prochain, attribue une personnalité juridique aux embryons dès qu’un battement de cellule cardiaque est détecté, en général cinq ou six semaines après la conception, c’est-à-dire avant que bien des femmes ne sachent qu’elles sont enceintes ! Outre l’interdiction de l’avortement que cela implique, les femmes victimes de fausse couche pourront être l’objet d’une enquête policière pour homicide, puisque le fœtus sera considéré comme un enfant.

En promulguant au cours du mois de mai ces lois anti-avortement sévères, les gouverneurs de Georgie et d’Alabama ont délibérément provoqué les partisans du droit à l’avortement. Ils s’attendent à ce que les associations de défense du droit à l’IVG les contestent devant la Cour suprême. Or Trump a procédé à la nomination de deux juges conservateurs à cette cour pour en modifier la majorité. Le courant réactionnaire espère ainsi avoir l’occasion de renverser l’arrêt historique de 1973 et de remettre en cause le droit à l’avortement reconnu à toutes les femmes aux États-Unis, laissant chaque État libre de sa législation en la matière.

Dans ce pays, comme en France, le droit à l’avortement a été arraché par des luttes importantes au cours des années 1960-1970. Bien des Américaines sont prêtes à se battre à nouveau pour le conserver. Elles l’ont montré il y a deux ans au travers d’immenses manifestations à l’occasion de l’intronisation de Trump à la Maison-Blanche, le mettant en garde contre toute remise en cause de leurs droits. Contre ces politiciens et religieux obscurantistes, il leur faudra se mobiliser de nouveau.

Lucien DÉTROIT