Déchets plastiques : le capitalisme à la poubelle !

22 Mai 2019

Les représentants de 187 États réunis à Genève ont résolu d’inclure les déchets plastiques dans la liste des produits dangereux dont il faut contrôler les déplacements internationaux et l’élimination.

Cette décision fait suite aux études démontrant que moins de 10 % des plastiques produits chaque année sont recyclés, 12 % incinérés et que le reste se promène sur la Terre pour les siècles à venir. La Chine, qui recevait 600 000 tonnes de déchets plastiques par mois, n’en accepte plus désormais que 30 000 tonnes. Le reste irait échouer dans les vastes décharges de pays encore plus mal lotis d’Asie ou d’Afrique.

Les pays riches exportent en effet leurs ordures dans les pays pauvres. Ces poubelles sont souvent le résultat d’un tri devenu à la mode et soutenu par des campagnes étatiques qui culpabilisent les consommateurs et veulent apprendre le bon geste aux enfants dès l’école. Les entreprises du recyclage, subventionnées par l’État et les collectivités, font assumer une partie de leur travail par les consommateurs eux-mêmes et obtiennent de confortables profits. Quant aux déchets plastiques, elles les exportent, prétendument à des fins de recyclage. Mais l’assemblée de Genève a reconnu que seuls 10 % de ces déchets sont transformés. Pour le reste, le recyclage est impossible ou pas assez rentable. Les déchets sont alors en partie incinérés, en général laissés sur place ou jetés à la mer. Le bambin qui jette gentiment sa canette de soda au tri sélectif pourra la retrouver quelques mois après sur la plage.

Les pays qui reçoivent les déchets n’ont aujourd’hui aucun moyen de savoir ce qu’ils contiennent réellement. Les accords signés à Genève sont censés permettre, d’ici quelques années, de refuser des plastiques polluants non recyclables. Encore faudrait-il que les États aient les moyens politiques et administratifs de le faire. C’est-à-dire qu’ils aient les moyens et la volonté de résister aux grandes puissances à l’extérieur, et aux margoulins prêts à tout à l’intérieur, les uns et les autres étant le plus souvent très bien représentés dans les gouvernements.

Les représentants des États-Unis, soutenus par les porte-parole de l’industrie chimique internationale, ont combattu cet accord. On les comprend : la plus grande puissance économique et financière mondiale a exporté l’an passé 157 000 grands conteneurs pleins de déchets de plastique fabriqué et vendu par l’industrie.

On peut laisser les diplomates et les ONG discuter à perdre haleine de la façon de se débarrasser des déchets. On constatera, année après année, que leur quantité augmente, qu’ils constituent un sixième continent au milieu du Pacifique, qu’ils tapissent le fond des mers et remplissent le ventre des poissons, que les décharges grandissent et que des hommes en meurent, de plus en plus nombreux. Rien ne changera tant que le mal ne sera pas pris à la racine, et que l’on ne s’en prendra pas aux entreprises qui le produisent.

Chaque patron est libre de conditionner comme il veut sa marchandise. L’industrie chimique est libre de fabriquer toujours plus de plastique car cette matière coûte moins cher à produire qu’à recycler. Chaque capitaliste n’a à se soucier que de son profit immédiat et absolument pas des conséquences. Pour le plastique comme pour le reste, la liberté du capital de faire ce qu’il veut, c’est l’enfer pour les autres. C’est à elle qu’il faut mettre un terme.

Paul GALOIS