Congrès CGT : les vraies questions

22 Mai 2019

Le 52e congrès de la CGT s’est clôturé vendredi 17 mai. Il a abordé des questions concernant les luttes des travailleurs comme des questions d’organisation interne et de rapports de forces entre différentes coteries.

Mais la politique de la CGT qui, si elle permet aux militants d’exprimer une certaine combativité, n’offre aucune perspective digne de ce nom aux travailleurs, n’a absolument pas été remise en cause.

La presse bourgeoise s’est gaussée du recul du nombre de syndiqués à la CGT et de sa perte de position comme premier syndicat en France. Il reste que des dizaines de milliers de travailleurs dont des jeunes, des précaires, certains dans des secteurs très difficiles comme la grande distribution, des travailleurs sans- papiers, rejoignent le syndicat en y voyant le moyen de se défendre. Ils le font en sachant qu’ils seront en butte à la répression patronale, aux attaques des chefs, et parfois à l’incompréhension des collègues de travail.

Certains se sont fait entendre au congrès en parlant de lutte de classe et en cherchant à exprimer une forme de radicalité. D’autres, nombreux, ont critiqué les positions de la direction au début du mouvement des gilets jaunes, regrettant que leur syndicat ne se retrouve pas dans ce mouvement populaire qui conteste la politique de Macron.

Certains ont bataillé pour que la CGT rejoigne la Fédération syndicale mondiale (FSM) et quitte la Confédération syndicale européenne (CSE). Aucune de ces deux fédérations n’a jamais envisagé de contester réellement le pouvoir du patronat ou le système capitaliste. En revanche, dans ces débats, les opposants ont voulu faire passer leur hostilité à l’Europe et donc à la fédération européenne CSE comme un gage de radicalité. C’est dire que, si le sentiment existe que la politique de la CGT aboutit à des impasses, les solutions proposées par ceux qui se présentaient comme opposants n’étaient que des faux-semblants.

Les discussions sur l’organisation interne et la place des unions locales n’apportent pas plus de solutions à la question politique essentielle : comment défendre les intérêts des travailleurs face à la guerre sociale que mènent le patronat et le gouvernement à son service ?

Cette question est restée sans réponse, car ni la direction du syndicat ni ceux qui prétendent la remplacer ne cherchent à s’appuyer vraiment sur la lutte collective des travailleurs pour mettre en échec le pouvoir du patronat. Le congrès s’est conclu par un appel à « amplifier et à généraliser les mobilisations par la grève et les manifestations dans l’unité et la convergence la plus large pour obtenir le retrait des projets de régression sociale et gagner de nouvelles conquêtes sociales ». Derrière ces mots, les moyens réels de combattre cette régression sociale ne sont nullement discutés. Quant à la façon dont la conscience ouvrière a pu reculer du fait de la culture de l’électoralisme et des illusions sur les négociations avec gouvernement et patrons, elle ne l’est pas non plus.

Pour les militants qui cherchent vraiment à lutter contre l’exploitation, il faudra renouer avec les idées de la lutte de classe, en se détournant de ce ronronnement sans perspectives.

Marion AJAR