Campagne télévisée : concours de faux débats

22 Mai 2019

Au fil des débats télévisés, les représentants des listes présentes aux élections euro­péennes illustrent leurs programmes.

À l’exception de ceux de Lutte ouvrière, tous débattent de ce qu’il faudrait faire, ou plutôt de ce que l’Europe devrait faire, selon les uns, ou de ce que la France devrait faire selon les autres, sans jamais se demander : « L’Europe, c’est qui ? », « La France, c’est qui ? », « Qui dirige ? Qui commande ? » L’existence de l’appareil d’État, de ses hauts fonctionnaires, de sa justice, de ses forces de répression n’est jamais évoquée. Quant à l’existence des classes sociales, celle qui commande, la bourgeoisie, et celle qu’on exploite, la classe ouvrière, n’en parlons pas.

Ces interventions de politiciens intégrés au système se résument à parler pour ne rien dire, tellement il est évident que les élections ne servent pas à décider ce qui sera fait, les européennes ni plus ni moins que les autres.

Le point commun de ces politiciens est de ne jamais mentionner la classe capitaliste et ses sommets, bien représentés par une poignée de superriches, individus ou familles. Tout au plus les représentants des partis arrivent-ils à parler des lobbys. Les méchants lobbys ce sont des milliers de personnes présentes à Bruxelles disent les uns, des centaines présentes à Paris, répondent les autres. C’est à ces sous-fifres, porte-serviettes des géants capitalistes de l’industrie et du commerce, qu’il faudrait s’en prendre, affirment les plus radicaux. Mais qui paie ces mercenaires prêts à présenter les bombes à fragmentation comme le summum de la protection des populations ? À cette question répond un grand silence, car il serait indécent de nommer les capitalistes.

À leur façon, tous ces politiciens, de droite, d’extrême droite ou de gauche, ne sont-ils pas eux-mêmes des lobbyistes, qui ne sont là que pour défendre eux aussi, la grande bourgeoisie et son règne insupportable ?

Paul SOREL