Autriche : l’extrême droite en flagrant délit

22 Mai 2019

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a annoncé, le 18 mai, la fin de la coalition créée en décembre 2017 entre sa formation, le Parti populaire autrichien (ÖVP-droite conservatrice), et le Parti de la liberté (FPÖ) d’extrême droite.

Quelques heures auparavant, le vice-chancelier et chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, mis en cause dans un scandale en lien avec la Russie, avait présenté sa démission. Deux jours plus tard, l’ensemble des ministres du FPÖ démissionnaient à leur tour. Mais le ministre de l’Intérieur du FPÖ, Herbert Kickl, a eu tout de même le temps d’une dernière ignominie en publiant, peu avant son départ, un décret qui abaisse la rémunération des demandeurs d’asile à 1,5 euro de l’heure lorsqu’ils font des travaux d’intérêt général ! Des élections législatives anticipées vont désormais avoir lieu en septembre.

L’affaire avait éclaté avec la publication par deux journaux allemands d’une vidéo tournée en caméra cachée en juillet 2017 dans une villa de luxe d’Ibiza, aux Baléares. Le chef du FPÖ y apparaît en grande discussion avec une femme se présentant comme la nièce d’un oligarque russe et prétendant vouloir investir en Autriche. Strache décrit à la visiteuse un mécanisme de financement du FPÖ permettant de contourner la Cour des comptes via des versements à une association, et non directement au parti. Il suggère à son interlocutrice qu’il pourra, en échange d’un tel financement occulte, lui obtenir des contrats publics, au détriment d’un des principaux trusts autrichiens du bâtiment, la Strabag. Strache évoque aussi une éventuelle prise de contrôle, par les mêmes supposés investisseurs russes, du premier quotidien du pays, la Kronen Zeitung, pour en faire un journal pro-FPÖ.

Cela fait en réalité des mois que les frasques scandaleuses de responsables du FPÖ rythment la vie politique. La dernière en date était la publication il y a quelques semaines d’un poème, où les migrants étaient assimilés à des rats, par le maire adjoint FPÖ de Braunau, la ville natale d’Hitler. Chaque fois, les dirigeants du FPÖ ont prétendu qu’il s’agissait d’exceptions et ont poussé les personnes mises en cause à démissionner et à se faire oublier. Cette fois, il s’agit du chef lui-même, piégé comme un petit truand stupide et inexpérimenté.

Pour un parti qui répète sur tous les tons qu’il veut protéger l’Autriche et ses valeurs, cette collusion étalée sur la place publique avec une représentante de la mafia russe a fait tache. Reste à savoir qui a rendu cette vidéo publique. S’agit-il d’un règlement de comptes entre les deux partis au pouvoir ? En effet le FPÖ, qui contrôlait en particulier les ministères de l’Intérieur et de la Défense, se servait de ses positions pour placer grossièrement ses affidés, sans respecter le consensus feutré qui prévaut depuis longtemps au sein du personnel politique autrichien pour la répartition des postes. Strache n’a-t-il tout simplement pas honoré un contrat promis à un oligarque ? N’a-t-il pas renvoyé l’ascenseur aux services secrets russes ? Peu importe. Par quelque bout qu’on le prenne, cela a des relents de pourriture.

Ceux qui sont choqués par les provocations racistes et xénophobes permanentes du FPÖ ne peuvent que se réjouir de la chute de son chef. Reste que cette crise est pour l’instant circonscrite au personnel politique de la bourgeoisie. Et l’ÖVP de Kurz espère bien en sortir renforcé et pouvoir poursuivre la politique qu’il mène depuis un an et demi, une politique antiouvrière marquée par l’introduction de la journée légale de travail de douze heures, les attaques contre l’assurance maladie, la diminution d’un certain nombre de budgets sociaux, la discrimination renforcée contre les migrants, etc. Une politique qui, même débarrassée de ses aspects les plus odieux émanant du FPÖ, restera entièrement à combattre.

Henri MARNIER