Affaire Vincent Lambert : récupération politique et intégrisme religieux

22 Mai 2019

Alors que l’équipe médicale du CHU de Reims avait débuté la procédure pour cesser l’alimentation de Vincent Lambert, tétraplégique et dans un état végétatif depuis dix ans après un accident de la route, la cour d’appel de Paris a demandé la reprise de l’alimentation artificielle.

La bataille juridique indécente autour du sort de cet homme dépasse largement la question du droit à mourir dans la dignité. Les parents de Vincent Lambert, à l’origine de ces recours, ont fait du corps de leur fils un étendard du courant pro-vie auquel ils appartiennent. Avec la campagne des européennes et les prises de positions de François-Xavier Bellamy, candidat LR et de Jordan Bardella pour le RN, l’affaire est devenue politique.

Mettre fin à l’acharnement thérapeutique est certes toujours une décision délicate à prendre. Elle l’est davantage encore dans une société basée sur des rapports d’argent, où les hôpitaux manquent de moyens et de personnel et sont soumis à des critères de rentabilité. Il faut avoir confiance dans le fait que l’équipe médicale a épuisé tous les traitements possibles, fussent-ils très coûteux. Les dysfonctionnements récurrents peuvent rendre méfiant devant une loi autorisant l’aide active à mourir, c’est-à-dire l’euthanasie, telle que le réclament des associations de malades ou comme cela existe en Belgique ou aux Pays-Bas.

Mais, dans le cas de Vincent Lambert, il n’y a aucune ambiguïté. Sa femme Rachel, son neveu, certains de ses frères et sœurs, s’appuyant sur les convictions exprimées par lui avant son accident, ont pu valider en toute conscience la proposition de cesser l’alimentation artificielle. Mais depuis dix ans les parents, proches de la fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, une organisation catholique intégriste d’extrême droite, multiplient les recours juridiques et les manifestations devant l’hôpital.

Sans égard pour la dignité de leur fils, ils n’ont pas hésité à diffuser une vidéo de son lit d’hôpital. Alors que l’arrêt des soins de Vincent Lambert avait été validé par le Conseil d’État en avril, après divers appels, ces militants intégristes ont trouvé l’appui de juges qui font passer leurs propres convictions réactionnaires avant celles exprimées par les plus proches du malade. Les évêques de France, qui ont cautionné pendant des siècles la peine de mort, se sont mobilisés pour dénoncer sans honte « une précipitation pour la donner ».

Le comble de l’indécence est venu de Bellamy, catholique notoire, hostile à l’avortement, qui s’est publiquement réjoui sur Europe 1 de la reprise de l’alimentation de Vincent Lambert. La veille, Bardella pour le RN s’était déclaré « choqué par l’arrêt des soins ». Ces deux-là se moquent évidemment du sort de Vincent Lambert mais, en pleine campagne des européennes, ils sont en compétition pour courtiser l’électorat catholique.

Ce n’est ni aux dirigeants politiques, ni à des autorités morales autoproclamées, juges, dignitaires religieux voire professeurs de médecine, d’imposer à toute la société leur ordre moral.

Xavier LACHAU