Notre-Dame : reconstruction sur ordonnance

15 Mai 2019

Macron a fait voter sans peine par l’Assemblée, le 11 mai, son projet de loi « pour la restauration et la conservation de la cathédrale et instituant une souscription nationale à cet effet ».

On n’en est plus à la minute d’émotion où on pouvait l’entendre, comme à la fin d’un film d’animation Disney, promettre de reconstruire la cathédrale Notre-Dame « plus belle encore ». Il s’agit à présent, en ces temps de campagne électorale, d’assurer l’avenir de sa présidence et de ceux qui l’ont mise en place.

Il faut donc aller vite. En cinq ans, tout doit être bouclé : les Jeux Olympiques à Paris en 2024 constituent un horizon qui suggère déjà, pour Macron, un deuxième mandat. Pour concevoir, contrôler, réaliser, gérer ces travaux en urgence, un établissement public sera mis en place, dont les membres, désignés par l’Élysée, auront la main sur le projet de reconstruction, le portefeuille et les entreprises qui s’en chargeront. La future couverture de la nef sera dans tous les cas, plus transparente que le choix des dirigeants de cet établissement public.

Les médias commentent la querelle, non des Anciens et des Modernes, mais de la droite traditionnelle LR et assimilés et des macronistes, sur les ébauches de projets architecturaux. La reconstruction à l’identique semble être une position de ralliement pour les premiers ; et ouverture stylistique, flèche lumineuse, en cuivre, en verre, verrière ou toit végétalisé, émergent de l’imagination des autres. Dans tous les cas de figure, la loi autorise le gouvernement, par ordonnance, à déroger à de nombreuses règles de construction ou reconstruction, c’est-à-dire si besoin à négliger des obligations liées à l’environnement, à l’accord du voisinage et des usagers. Il pourra aussi déroger aux règles d’évacuation et de traitement des déchets, et même passer outre les précautions d’usage en archéologie préventive. Tout cela en cas de besoin, c’est-à-dire au bon vouloir du gouvernement ou de ceux auxquels il obéit.

Justement, les grandes fortunes qui se sont précipitées pour réunir près d’un milliard d’euros pour des travaux estimés, grossièrement, à quelques centaines de millions, bénéficieront d’une réduction d’impôts de 66 % des sommes versées. Les Arnault, Pinault, Bettencourt, détenteurs de grandes fortunes, font mine de renoncer à leur crédit d’impôt : la publicité gratuite qu’ils se sont ainsi offerte représente une véritable niche !

En bout de course, c’est donc majoritairement par les fonds publics que sera financée la reconstruction de ce chef-d’œuvre de l’architecture gothique, puisque les réductions fiscales sont autant de manque à gagner sur le budget de l’État. Quant à la générosité intéressée des milliardaires, elle n’ira pas jusqu’à débloquer le reste de leur pactole pour d’autres nécessités tout aussi urgentes de la société.

Viviane LAFONT