Congrès CGT : proposer ou lutter ?

15 Mai 2019

Ouvert lundi 13 mai, le 52e congrès de la CGT devait se tenir toute la semaine, réunissant près d’un millier de délégués.

La presse a beaucoup glosé sur l’affaiblissement de la CGT, qui aurait perdu 40 000 adhérents en trois ans et serait passée derrière la CFDT lors des élections professionnelles.

Mais, alors que le capitalisme en crise généralise la misère et la précarité, les militants ouvriers ne peuvent baser leur perspective sur des succès électoraux et des calculs d’appareil. Ils doivent viser à renverser le rapport de force avec le patronat et le gouvernement. Et, malgré son recul, la CGT reste, et de très loin, le principal syndicat en termes d’influence et de nombre de militants capables de jouer un rôle décisif lors de luttes ouvrières.

C’est pourtant cette nécessité que Philippe Martinez, son secrétaire général, a esquivée, mêlant tout au long de son discours des références aussi bien à la lutte qu’à la négociation. « La contestation ne peut se conjuguer qu’avec propositions », a-t-il répété dans son discours d’ouverture du congrès. Le vocabulaire a un sens. Alors, à qui sont destinées ces propositions ? Pas aux travailleurs, car on parle alors de revendications, mais évidemment à ceux qui ont le pouvoir : aux patrons et aux gouvernants. Mais la bourgeoisie se moque bien des propositions et autres plans industriels des syndicalistes.

Dans le même registre, dans une interview au Monde précédant l’ouverture du congrès, Martinez affirmait : « Aujourd’hui, comme hier, le rôle d’un syndicat est de négocier à tous les niveaux où cela est possible. Et quand la négociation bloque, il faut créer un rapport de force, dans les entreprises ou dans la rue. Cela a toujours été comme ça. Ce qui change aujourd’hui, c’est que le gouvernement considère que la négociation interprofessionnelle ne sert plus à rien, et renvoie tout dans les entreprises. Il n’y a aucune raison de changer de ligne. “On ne lâche rien !” sera mon mot d’ordre à ce congrès. »

On le voit, même en en étant privé au niveau national, Martinez veut encore maintenir la fiction de la négociation comme moyen de défense des travailleurs. Mais la parenthèse d’après-guerre est largement révolue, où le patronat pouvait concéder aux syndicats le fameux grain à moudre, les profits issus de la production étant alors en expansion. Le marasme de l’économie a rendu les profits de la classe capitaliste incompatibles avec l’amélioration ou même le simple maintien du niveau de vie des travailleurs. La devise des capitalistes est maintenant : On ne lâche rien et on reprend tout ce qu’on peut.

Face à cette guerre sociale, menée avec la complicité des gouvernements de droite et de gauche depuis quarante ans, la lutte n’est certainement pas une option. Il faut au contraire être persuadé que seule une mobilisation déterminée de l’ensemble du monde du travail peut changer le rapport de force et offrir une issue.

Martinez a pu objecter lors de son discours : « On peut crier haut et fort “grève générale”, mais posons-nous d’abord et surtout la question de l’absence, dans les actions professionnelles ou interprofessionnelles, d’une partie importante de nos syndiqués. » Évidemment, un tel mouvement ne peut se déclencher sur un claquement de doigts. Les défaites successives pèsent lourd dans la conscience des travailleurs, comme pèsent aussi les trahisons des directions politiques et syndicales du mouvement ouvrier. Mais le rôle des militants est d’affirmer la nécessité de la lutte de classe et de s’y préparer. Car la brutalité des attaques des capitalistes ne laissera pas d’autre choix et provoquera tôt ou tard la radicalisation des masses populaires. Le mouvement des gilets jaunes en donne un avant-goût.

La classe ouvrière devra se placer à la tête de ces révoltes, leur donner le contenu d’une contestation de la domination du capital sur la société. C’était la perspective des militants qui ont fondé et animé la CGT avant 1914. Elle est d’autant plus valable aujourd’hui.

Christian BERNAC