Bénin : mascarade électorale et répression

15 Mai 2019

Au Bénin, le 28 avril, le pouvoir de Patrice Talon, président-patron milliardaire, orchestrait grossièrement des élections législatives avec la participation exclusive de deux partis politiques à sa botte.

La population, qui a arraché le droit de vote en mettant fin au régime du parti unique en 1990, a vécu comme une provocation cette organisation du scrutin, qui marque une évolution autoritaire du régime béninois. Depuis plusieurs mois, la quasi-totalité des partis ont appelé au boycott et invité leurs militants à perturber le déroulement du scrutin. Le taux de participation dans de nombreuses localités n’a pas dépassé 10 %. À Parakou et Tchaourou, dans le nord du pays, fief électoral de l’ancien président Thomas Yayi Boni (2006-2016), des urnes ont été saccagées. Des candidats du pouvoir ont été molestés, contraints de prendre la fuite sous escorte policière. Au sud, dans certains bureaux de vote, les votants se sont comptés sur les doigts d’une main. Des entreprises appartenant à Patrice Talon ou à ses proches ont été incendiées. À Kandi dans le nord, l’usine d’égrenage de coton CCB, propriété de Talon, a été prise pour cible.

Les incidents les plus médiatisés se sont déroulés à Cotonou, la capitale économique, dans le quartier de Cadjèhoun, autour du domicile de Yayi Boni que les forces armées avaient encerclé. Ses partisans et les riverains alertés sont descendus dans la rue. Le 1er mai au soir, des officiers supérieurs présents ont avec insistance ordonné aux soldats de tirer à l’arme de guerre sur les manifestants, faisant plusieurs victimes, sept morts selon l’opposition, et des blessés graves. C’est une première, dans ce pays qui était présenté comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, dans le pré carré de l’ancienne puissance coloniale, la France.

Les images d’une des victimes de la répression des 1er et 2 mai, une petite vendeuse de rue mère de sept enfants qui a été atteinte d’une balle, ont fait le tour des réseaux sociaux et renforcé la révolte contre un régime prévaricateur. Alors que des millions de femmes et d’hommes, vendeurs d’essence, taxi-moto, chauffeurs de véhicules, ouvriers, petits paysans, artisans, petits fonctionnaires, survivent dans un dénuement total, il leur mène de brutales attaques. Depuis deux ans, dans les grandes villes, les petites vendeuses ont affronté l’offensive gouvernementale de « déguerpissement » au bulldozer. Pour faire de la place aux promoteurs, les petites boutiques installées le long des routes sont détruites. Alors que le secteur de l’économie informelle est vital et concerne 80 % des travailleurs, le régime concentre le mécontentement contre lui.

Les minces droits sociaux sont attaqués. Le droit de grève des fonctionnaires est limité, la précarité légalisée avec le CDD illimité, suscitant le satisfecit des dirigeants de l’impérialisme avec Macron et dernièrement la directrice du FMI Christine Lagarde.

Il faut dire que Talon est un des leurs. Première fortune du pays, il a été classé quinzième fortune d’Afrique subsaharienne par Forbes en 2015. Il a pu faire main basse sur la filière du coton, truster les marchés publics et s’autosubventionner. À l’ombre de l’impérialisme, sa société cogère le port de Cotonou avec le groupe Bolloré, sans oublier l’aéroport. Ce président bling-bling se montre en Porsche, mocassins de luxe aux pieds, et se fait soigner en France.

Un vent de révolte souffle dans le pays. La sœur de la vendeuse tuée a dénoncé sur les réseaux sociaux le pouvoir de Talon, qui a envoyé discrètement ses sbires régler la facture des soins et intimider les soignants pour obtenir leur silence : « Pourquoi ont-ils payé les soins ? Quand nous souffrons, quand nous avons faim, nous ne voyons jamais l’État. » C’est vrai aujourd’hui comme ça l’était hier sous les présidences précédentes.

Michel Tinas