Venezuela : la nouvelle tentative de coup d’État de Guaidó

08 Mai 2019

Le 30 avril, au Venezuela, à l’appel du président autoproclamé Juan Guaidó, les opposants au régime chaviste se sont de nouveau mobilisés dans la rue, avec l’espoir de faire basculer l’armée, sans aboutir.

Tous ceux qui, dans le camp de la bourgeoisie, aspirent à renverser le régime en place pour assurer leur retour à la tête des affaires, pour que la rente pétrolière revienne aux classes dirigeantes, et qui souhaitent une présence plus forte des multinationales, pourtant déjà très importante, ont repris leur forcing contre le régime chaviste. Mais l’armée n’a pas suivi.

La crise inextricable dans laquelle le pays est enfoncé, qui se traduit pour les classes populaires par d’immenses pénuries de produits de première nécessité et de médicaments, a plusieurs causes : les fluctuations des prix du pétrole, les effets de la crise mondiale de 2008, la corruption des dirigeants chavistes, mais aussi les mesures prises par Washington pour asphyxier le régime et ramener à sa tête des dirigeants plus à sa botte.

La dernière en date de ces manœuvres est l’interdiction d’acheter du pétrole au Venezuela. Car aussi anti-yankees qu’aient pu s’afficher les dirigeants chavistes, ils n’ont jamais cessé de livrer du pétrole aux États-Unis qui, aussi anti-chavistes soient-ils, n’y voyaient jusqu’à présent qu’avantage.

Reste la question de l’armée. Le régime ayant perdu une partie de ses soutiens populaires, il lui reste l’important pilier que sont les militaires qui, ces dernières années, ont élargi leur emprise sur l’économie comme au sein du régime. Après la manifestation des partisans de Guaidó, qui ont dénoncé la violence des militaires que par ailleurs ils tentent de séduire, Maduro s’est affiché entouré d’une cohorte de militaires, laissant entendre qu’il reste l’homme fort, alors que sa position dépend beaucoup de l’attitude de l’armée.

John Bolton, le responsable de la sécurité nationale de Trump, a fait savoir le soir du 30 avril que des militaires de haut rang, le ministre de la Défense et le chef de la garde présidentielle, agissaient dans la coulisse en quête d’un compromis avec l’opposition. La déclaration a gêné les militaires, qui entendent préserver tout leur crédit et conserver toutes leurs prérogatives si un compromis était trouvé.

Guaidó, qui poursuit son forcing, agite maintenant la menace d’une intervention militaire américaine, relayé par les 12 pays du groupe de Lima, le Canada et des États d’Amérique du Sud, qui soutiennent ­Trump. Les États-Unis, de leur côté, poursuivent leurs pressions économiques, dont les premières victimes sont les classes populaires qu’ils prétendent secourir, et d’abord les plus vulnérables, enfants et vieillards. C’est dire que les Trump, Bolton et autres Guaidó se moquent bien de leur sort.

Les travailleurs n’ont rien de bon à attendre de ce côté-là.

Jacques FONTENOY