Retraites : le programme du patronat

24 Avril 2019

Depuis des semaines, le gouvernement faisait des contorsions autour de l’âge légal de départ en retraite. Alors que des ministres s’étaient dits favorables à le porter à 65 ans, le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, menaçait de démissionner s’il n’était pas maintenu à 62 ans, comme s’y était engagé Macron en 2017.

Jeudi 18 avril, Geoffroy Roux de Bézieux, le porte-parole du Medef, a déclaré en conférence de presse : « Il faut dire la vérité aux Français. Soit on baisse les pensions, soit on travaille plus longtemps. » Il a ensuite appelé le gouvernement à « sortir de ce mensonge par omission qui consiste à dire “on ne touche pas à l’âge légal de la retraite”. »

Roux de Bézieux a donné la feuille de route du patronat, pour les huit prochaines années : « Nous proposons, à partir de 2020, de procéder au relèvement de l’âge légal de 62 à 64 ans, sur huit ans, à raison d’un trimestre par an. » Puis à partir de 2028, l’âge légal serait indexé sur l’évolution de l’espérance de vie. Si celle-ci augmente, l’âge de départ augmentera également ; sinon, il restera à 64 ans pendant plusieurs années... Et voilà que l’augmentation de l’espérance de vie est brandie comme une menace contre les travailleurs.

Que le grand patronat ose parler de faire travailler les salariés plus longtemps quand les licenciements et fermetures d’usines condamnent au chômage plus de 6 millions de personnes, cela sonne comme une nouvelle provocation. De plus, depuis des décennies, le même patronat et l’État à son service n’ont cessé d’aggraver les conditions de travail, dans le privé comme dans le public. Pour l’immense majorité des travailleurs, il sera physiquement impossible de tenir jusqu’à 64 ans avant de prendre sa retraite. Les capitalistes le savent parfaitement. En repoussant l’âge légal de départ, leur objectif n’est pas tant que les salariés travaillent plus vieux, mais qu’ils partent en retraite avec des pensions amputées.

S’épuiser au travail quand on a la chance de ne pas être au chômage, puis survivre avec une retraite de misère, voilà donc l’avenir que voudrait réserver la grande bourgeoisie aux travailleurs. Eh bien c’est non, et il faudra le faire savoir.

Julie LEMÉE