Yémen : les armes françaises tuent

17 Avril 2019

La presse vient de publier une note de la Direction du renseignement militaire remise à l’Élysée en octobre 2018, qui détaille l’utilisation des armes vendues par la France dans le conflit au Yémen.

Entre les canons Caesar qui bombardent les zones frontalières, les chars Leclerc qui ont dévasté le port d’al-Hodeida, les hélicoptères Cougar qui transportent les troupes saoudiennes, les Mirage 2000 et les navires de guerre de fabrication française qui participent au blocus des ports mené par la coalition autour de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, les affaires sont florissantes pour les Dassault, Nexter ou encore Thales.

La guerre ravage depuis plus de quatre ans le Yémen. Ses 28 millions d’habitants, en proie aux exactions des milices tribales, des rebelles houthistes soutenus par l’Iran ou des troupes gouvernementales protégées par les États-Unis, vivent sous la menace des bombardements quotidiens d’une guerre qui a déjà provoqué la mort de 68 000 personnes, d’après l’ONU.

La coalition autour de Ryad et d’Abou Dhabi, soutenue par la France et les États-Unis, mène une campagne de bombardements systématiques visant les fermes, les marchés, les silos à grain, les réservoirs d’eau. Même une ambulance de Médecins sans frontières ou encore un centre de traitement du choléra ont été touchés par des missiles de la coalition. Au milieu des villes en ruine, l’épidémie de choléra continue de sévir, dans un pays où 16 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et où la famine menace 8 millions d’habitants.

Mais les fournitures d’armes françaises continuent. La décision d’honorer les contrats aurait été prise au plus haut sommet de l’État français, sous Hollande comme sous Macron. Malgré la parution du rapport dans la presse, les autorités françaises continuent de nier ce qui n’est même plus un secret de polichinelle. Après la ministre des Armées en janvier, c’est Matignon lundi 15 avril qui prétendait encore dans un communiqué que les armes françaises sur place n’avaient qu’un usage défensif, et que « les autorités françaises n’avaient pas connaissance de victimes civiles liées à leur utilisation ».

Toute honte bue, les dirigeants français continuent ainsi à jouer la même comédie cynique qui ne masque plus leur complicité dans les crimes de masse qui se déroulent au Yémen. Puisque cela rapporte des profits aux industriels de l’armement dont ils défendent les intérêts, ils sont prêts à justifier les pires abominations.

Gilles BOTI