Monsanto condamné : l’empoisonnement continue

17 Avril 2019

Jeudi 11 avril, la cour d’appel de Lyon a condamné Monsanto, filiale de Bayer, pour la commercialisation de produits défectueux, considérant que l’herbicide Lasso, interdit en France depuis 2007, est responsable de l’intoxication d’un agriculteur de Charente souffrant de graves troubles neurologiques et immunitaires.

Deux semaines auparavant, la firme a été condamnée par un tribunal californien à verser 70 millions d’euros à un homme qui avait contracté un cancer à cause du Roundup, herbicide dont la substance active, le glyphosate, est reconnue cancérigène probable depuis 2015, mais dont les dangers sont avérés depuis 40 ans. D’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, ces condamnations sont un encouragement pour toutes les victimes, dont 11 000 entreprennent des démarches aux États-Unis contre Montsanto. Mais, pour en finir avec ce produit nocif, il faudra encore bien d’autres combats.

Pour ce qui est des actions en justice, la multinationale met les moyens pour faire traîner en longueur les procès. Batterie d’avocats et experts à l’appui, elle n’a aucun scrupule à chercher à démontrer que les herbicides à base de glyphosate sont sûrs et non cancérogènes ou que l’agriculteur empoisonné, Paul François, n’aurait que de simples manifestations anxieuses. Monsanto a même réussi à faire repousser la conclusion sur les indemnités à un procès prochain, alors que la somme sollicitée (un million d’euros), semble bien ridicule au regard des bénéfices de la société. L’avocat du céréalier charentais dénonce à juste titre le harcèlement judiciaire que mène Monsanto. Paul François en est à sa troisième victoire judiciaire : 2012, 2015 et 2019. À chaque fois, Monsanto a fait appel ou s’est pourvu en cassation. Et de toute façon cette multinationale, comme tant d’autres, prévoit un budget de plusieurs centaines de millions pour payer les procès qu’elle sait devoir perdre.

La puissance de ce mastodonte de la chimie va encore au-delà des moyens d’influencer les juges, de trouver des relais dans l’État ou la justice. L’an dernier, l’affaire dite des Monsanto Papers a révélé les pratiques de l’entreprise depuis 30 ans pour contrer les informations dénonçant la toxicité du glyphosate. Elle paye grassement des scientifiques, des journalistes, des personnalités en tout genre pour défendre ses intérêts, ou même pour publier des articles prétendument scientifiques niant la dangerosité du produit.

Pour combattre l’utilisation de ce pesticide et les dégâts qu’il produit, ces recours à la justice d’État ne peuvent évidemment suffire. Un combat bien plus général est nécessaire. Il faudra imposer que la population puisse avoir son mot à dire et puisse exercer un véritable contrôle sur les modes de production, de façon à prendre en compte le problème de la santé publique et de l’environnement. Autrement dit, en finir avec le mode de production capitaliste.

Léna PIGALLI