Le Pen et l’euro : démagogie et carriérisme

17 Avril 2019

À l’occasion du lancement de la campagne européenne du Rassemblement national (RN), les commentateurs ont remarqué un changement de pied de Marine Le Pen quant à l’Union européenne et à sa monnaie unique. Elle ne se prononce plus désormais pour une sortie de l’UE, ni pour un abandon de l’euro, mais simplement pour un aménagement.

Sur le fond constant des préjugés d’extrême droite, contre les immigrés, les « assistés », les syndicalistes, pour la propriété privée, l’ordre, l’armée et la nation, le FN a toujours brodé selon la mode. Il fut ultralibéral lorsque cela semblait porteur, et prétend désormais défendre les services publics. L’extrême droite est peuplée de catholiques intégristes, mais se dit laïque depuis que ce terme peut signifier antimusulman. L’écologie est la mode ? Va pour l’écologie, repeinte aux couleurs tricolores. Tout, ou presque, est bon pour vendre sa camelote et faire élire ses candidats.

Mais il y a une élection plus sérieuse que les autres, car elle donne un peu plus que l’illusion du pouvoir : l’élection présidentielle, espoir et raison de vivre de la famille Le Pen. À chaque campagne électorale, et particulièrement lorsqu’ils sont arrivés au second tour, Le Pen père et fille ont subi un tir de barrage des médias, concentré sur un point précis, l’Union européenne. La presse exprimait la volonté du grand patronat : il est hors de question de mettre en danger ce fragile équilibre qui lui est aujourd’hui si profitable. Or, l’arrivée au pouvoir d’un politicien ayant fait campagne sur ce thème, même s’il se reniait immédiatement, serait en soi un risque de perturbation. L’exemple du Royaume-Uni le montre suffisamment.

Marine Le Pen a donc remballé sa démagogie antieuropéenne, ou plutôt l’a ramenée au même niveau que celle de ses concurrents directs. Comme quoi les politiciens, même de bas étage, savent qui sont les vrais patrons.

Pour le reste, le RN continue de vendre aux classes populaires les mêmes mensonges. Il prétend que les frontières les protégeront. Mais de quoi donc, puisque ceux qui les étranglent, le grand patronat et son État, sont à l’intérieur ? Il dit être pour l’augmentation du smic, mais à condition que cela ne coûte rien aux patrons, donc aux dépens des caisses sociales, c’est-à-dire des travailleurs. Il affirme que les immigrés sont cause de tous les maux, ce qui, en plus d’être un mensonge éhonté, concourt à diviser et donc à affaiblir le monde du travail.

L’œillade européenne de Le Pen au grand patronat ne concerne que son avenir politicien. Sa propagande de division, sa démagogie raciste sont une menace que le monde du travail doit combattre en permanence.

Paul GALOIS