Allemagne : contre “la folie des loyers”

17 Avril 2019

Depuis au moins un an, des habitants manifestent pour protester contre la hausse vertigineuse des loyers dans les grandes villes. Le 6 avril, ils étaient des dizaines de milliers à Berlin ainsi que dans différentes villes du pays.

La peur de ne plus réussir à payer son loyer, d’être chassé de son appartement et de ne trouver à se loger que plus mal et loin des centres-villes ne concerne plus seulement les catégories modestes, retraités, mères isolées, mais gagne aussi la partie de la population qui gagne correctement sa vie.

En Allemagne, où les locataires sont plus nombreux que les propriétaires, les logements sociaux sont par ailleurs assez peu répandus, et les loyers étaient traditionnellement plus modérés qu’en France. Cette situation change depuis une dizaine d’années.

Pendant des décennies, l’État ne fit quasiment pas construire de logements dits sociaux. Il privatisa nombre de sociétés publiques de construction de logements. Et pour alléger un peu le poids de leurs dettes, nombre de municipalités cédèrent pour une bouchée de pain leurs parcs de logements à de grandes sociétés immobilières. C’est ainsi que Vonovia, Deutsche Wohnen et autres se sont constituées et possèdent chacune, aujourd’hui, des centaines de milliers de logements.

Berlin était, jusqu’à il y a une quinzaine d’années, une ville assez bon marché. Les autorités de la capitale, coalition de « gauche » (sociaux-démocrates du SPD et Die Linke, gauche dite radicale) ont alors bradé à des sociétés immobilières des dizaines de milliers d’appartements pour des sommes ridicules, de l’ordre de 7 000 euros par appartement ! Le prétexte était de désendetter la municipalité. Les appartements, vendus et revendus encore, ont offert de savoureux profits à quelques gros requins. Aujourd’hui, en réaction aux protestations qui se développent, le gouvernement SPD-Die Linke-Verts commence à racheter à prix d’or ces mêmes appartements qu’il leur avait pratiquement offerts hier. Une bonne affaire pour certains... qui coûtera des milliards aux Berlinois. Ceux-ci payent déjà en moyenne deux fois plus cher pour se loger qu’il y a dix ans.

Ainsi les fameuses casernes locatives berlinoises, construites à la fin du 19e siècle pour loger en masse les classes populaires, sont devenues des objets de spéculation immobilière. Le manque de logements, des travaux de rénovation souvent inadéquats font également exploser les prix, et la population travailleuse est poussée dehors.

C’est ainsi qu’a grandi le mouvement de contestation qui réclame l’« expropriation » (avec indemnisation) des sociétés propriétaires de plus de 3 000 logements et leur « socialisation ». Un référendum proposé par des collectifs de locataires pour demander l’expropriation des grandes sociétés immobilières privées obtiendra sans doute une majorité, mais il est certain que pour mettre fin aux agissements néfastes des requins de l’immobilier, il faudra plus qu’un tel vote. Reste que, d’ores et déjà, les revendications d’expropriation donnent lieu à nombre de discussions sur cette organisation sociale dans laquelle le profit d’une infime minorité passe avant la satisfaction des besoins élémentaires de la majorité.

Alice MORGEN