Tours : des poussières sous le tapis

10 Avril 2019

Pendant douze ans de 2000 à 2012, des travaux de rénovation des puits de captage pour l’eau potable ont été réalisés sous la responsabilité de la municipalité de Tours, et effectués par une entreprise privée, sur deux îles de la Loire. Ces puits étaient en fibrociment, matériau contenant de l’amiante.

La municipalité ne s’est pas donné les moyens de faire respecter la législation. En conséquence, des matériaux amiantés ont été retirés des puits, concassés et enfouis sur place. Ironie du sort, ce site est classé Natura 2000, ce qui ouvre des subventions à la ville.

Aujourd’hui, les experts estiment le volume de terres polluées par l’amiante à 11 000 m³ sur l’une des îles, et à 2000 m³ sur l’autre. Des agents de la station d’eau potable sont intervenus sur ces sites, pour creuser des tranchées, changer des câbles ou tondre l’herbe. Jamais ils n’ont été informés des risques qu’ils couraient.

En 2012, un de ces salariés a découvert qu’il était atteint d’un cancer dû à l’amiante. Le syndicat CGT de la ville de Tours a aussitôt demandé que des analyses soient faites dans tous les services où ce salarié avait travaillé.

Dès le début, la municipalité PS de l’époque a fait la sourde oreille, refusant même dans un premier temps de communiquer les diagnostics et mettant en garde les élus du personnel contre le « risque de psychose ». Le syndicat a alors lui-même collecté des déchets et les a fait analyser, confirmant la présence d’amiante.

Quand, en 2017, le service des eaux est passé à la Métropole, la mairie, entre-temps passée à droite, a enfin accepté de signer des attestations d’exposition à l’amiante aux agents du service.

Les élus du personnel ont alors décidé de porter le dossier sur le terrain judiciaire et, à leur demande, le tribunal a nommé un expert. Ses conclusions sont accablantes pour la municipalité.

La presse s’est maintenant emparée de l’affaire et les responsables politiques de la ville et de la Métropole cherchent à ouvrir le parapluie. L’un d’entre eux, pourtant adjoint dans l’ancienne municipalité, affirme qu’il pensait que tout avait été enlevé. Le président de la Métropole dénonce quant à lui un « héritage scandaleux ».

Une plainte contre X va être déposée par la CGT et l’Andeva (Association de défense des victimes de l’amiante) pour mise en danger d’autrui, une autre pour enfouissement de produits dangereux.

Correspondant LO