Loi anticasseurs : retoquée mais aussi répressive

10 Avril 2019

Le 4 avril, le Conseil constitutionnel a supprimé l’article 3 de la loi anticasseurs votée à peine un mois auparavant.

Cet article permettait aux préfets d’interdire à une personne de manifester dans certains cas, comme le fait d’avoir commis un acte violent lors de manifestations précédentes. Le refus d’obtempérer était passible de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. Le Conseil constitutionnel a jugé que cela laissait à l’autorité administrative « une latitude excessive ». C’est le moins qu’on puisse dire quand on a vu la manière expéditive dont la police embarquait des groupes de gilets jaunes vite accusés, en bloc, de violences dont ils se défendaient.

C’est Macron qui avait saisi lui-même le Conseil constitutionnel. Poussé par les protestations de nombreuses organisations de défense des libertés, la grogne de certains parlementaires de son propre parti LREM ou la volonté de se montrer libéral ? Toujours est-il qu’il se félicite maintenant que la loi, moins un article, soit légitimée.

Même si c’est un recul, tout le reste est inchangé, comme la fouille des sacs et des véhicules dans les manifestations et aux alentours, la dissimulation volontaire du visage passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. C’est dans le droit fil des pratiques déjà bien connues lors des manifestations contre la loi travail, de toutes les mesures répressives accumulées au fil du temps par différents gouvernements pour intimider les manifestants.

Ce gouvernement, comme les autres, avait déjà un arsenal suffisant, et pas seulement juridique, pour réprimer ceux qui s’obstinaient à manifester et n’obtempéraient pas assez vite : le nombre de blessés graves parmi les gilets jaunes en témoigne. La loi, même retoquée, légitime un peu plus les empiètements sur la liberté de protester et les violences contre ceux qui manifestent… mais qui continueront à le faire.

Sylvie MARÉCHAL