Grand débat : Philippe parle pour ne rien dire

10 Avril 2019

L’opération politique Grand débat continue. Faute d’avoir pu arrêter le mouvement des gilets jaunes, Macron sera au moins parvenu par ce moyen à saturer l’espace médiatique pendant des mois. Grâce à la complaisance des médias, le président aura tenu la scène télévisuelle 90 heures depuis le début de l’année.

Dans son discours de conclusion, le premier d’une longue série n’en doutons pas, le Premier ministre Philippe a répété benoîtement ce que Macron avait dit en ouverture, il y a trois mois : plus rien ne sera comme avant, les gens veulent des services publics plus proches, des impôts moins lourds, de la démocratie. Philippe, fine mouche, voit là comme une « exaspération fiscale ».

Moyennant quoi le gouvernement se sent conforté dans ses orientations, il s’engage à réfléchir à baisser les impôts et exclut toute « frilosité ». C’est, au sens propre, parler pour ne rien dire. Édouard Philippe a aussi évoqué le déséquilibre entre les grandes villes et les petites et le besoin d’aller vers une transition écologique. On suppose qu’il garde la grande annonce – « mettre les villes à la campagne » – pour une prochaine fois, voire qu’il la réserve à Macron lui-même.

Aucun des problèmes réels qui font descendre les gilets jaunes dans la rue n’a été ne serait-ce qu’évoqué. Le pouvoir d’achat des salaires, des pensions et des retraites, la disparition des services publics dans des régions entières, leur dégradation partout, l’insolente fortune des grands capitalistes voisinant avec la pauvreté grandissante des couches populaires, la morgue des puissants et de leurs hommes politiques, rien de cela n’existe dans le discours gouvernemental. Au contraire, tout est fait pour masquer ces questions et en agiter d’autres qui n’intéressent que les mieux disposés ou les plus serviles des commentateurs. Tout est fait, surtout, pour que les profits du grand capital ne soient jamais mis en question ni même évoqués, pas plus que les politiques visant à remplir les coffres-forts en dépouillant travailleurs et quartiers populaires.

Après le discours de Philippe, il y en aura un autre, puis viendra le tour de Macron en personne, pour une série encore indéterminée de péroraisons. Ces messieurs espèrent faire ainsi tourner leur moulin à prières jusqu’à l’été, saison traditionnelle de tous les mauvais coups.

Mais les mêmes causes dénoncées par les gilets jaunes resteront et feront plus que créer les mêmes effets : elles les multiplieront. L’explosion de mécontentement ne pourra que se reproduire, à une échelle plus vaste. Elle aura contribué à préparer l’ensemble des travailleurs, cette fois, à entrer en lutte pour imposer leurs exigences à ceux qui gouvernent l’économie et la société.

Paul GALOIS