Roms agressés : la rumeur et ceux qui l’alimentent

03 Avril 2019

Un climat de pogrom règne en ce moment contre les Roms. Le 25 mars, une cinquantaine de personnes armées de bâtons, de sabres et de couteaux ont encerclé un de leurs campements, menaçant ses habitants et incendiant plusieurs véhicules. Depuis, les agressions contre les Roms se sont multipliées en région parisienne, notamment en Seine-Saint-Denis.

À l’origine, une rumeur délirante les accuse d’enlever des enfants pour alimenter un trafic d’organes. Les mensonges les plus fous et de fausses images sont relayées massivement par les réseaux sociaux. Un compte Facebook appelant à bien « surveiller ses enfants » a plusieurs milliers de fans. Des appels à former des milices se propagent. Tout un délire met en cause une camionnette blanche. Des photos et les vidéos de véhicules correspondant à cette description pullulent, désignant parfois leurs occupants à la vindicte : ainsi un couple, dont le seul tort était de conduire une telle camionnette, a été roué de coups.

La rumeur n’a aucun fondement, évidemment, même de loin. Aucun enlèvement d’enfant n’a été signalé dernièrement. Mais pour le moment rien ne convainc. Car si des milliers de personnes donnent crédit à des informations dont tout montre qu’elles sont fausses, et si elles sont parfois prêtes à suivre les plus haineux ou les plus stupides dans des attaques racistes, c’est que la rumeur trouve un terrain favorable. Celui-ci a été préparé par bien des dirigeants politiques qui, depuis des années, mènent une propagande haineuse envers la communauté Rom, pauvre parmi les pauvres, devenue ainsi paria parmi les parias. Ils ont une grande part de responsabilité dans cette montée de racisme anti-Roms.

En France, il n’y a pas que les Le Pen pour s’en prendre aux Roms. Sarkozy avait fait de la démagogie anti-Roms une de ses marques de fabrique pendant son mandat présidentiel, mettant en scène les démantèlements de bidonvilles et les expulsions vers la Roumanie. Cette politique s’est poursuivie avec ses successeurs. Manuel Valls avait multiplié les propos sur les Roms « à l’origine des problèmes » et qui ont « vocation à rentrer en Roumanie ». Avec Hollande, comme avec Macron, les démantèlements de bidonvilles ont continué de plus belle, laissant leurs habitants à la rue, sans aucune solution d’hébergement. En 2018, 9 688 personnes ont ainsi été expulsées de leurs squats ou bidonvilles, d’après le collectif Romeurope.

Par calcul électoral, tous ont ainsi désigné les Roms aux victimes de la crise comme boucs émissaires potentiels, spéculant sur l’ignorance et les préjugés. Les agressions d’aujourd’hui en sont les conséquences dramatiques.

Jacques Le Gall