Retraites : liquidateurs, le retour

03 Avril 2019

Selon une mise en scène qui a largement servi depuis vint-cinq ans, toute attaque contre le droit à la retraite est précédée d’un rituel codifié.

Tout d’abord, se multiplient à gauche et à droite les déclarations alarmistes sur la faillite inévitable des caisses de retraite en raison de l’allongement de l’espérance de vie. Tant pis si celle-ci stagne en France depuis quatre ans et si l’espérance de vie en bonne santé ne va pas au-delà de 63,3 ans. Tant pis si c’est l’explosion du chômage et le vol, par les capitalistes, des richesses produites par les travailleurs, qui ruinent la société, et non les anciens qui osent encore rester en vie après avoir produit toute leur plus-value. Et peu importe que le progrès technique ait multiplié la productivité du travail, et donc la richesse créée par travailleur, depuis un demi-siècle.

Mais le premier acte a été contrarié par l’irruption d’actifs ou de retraités en gilets jaunes sur la scène des ronds-points et dans les manifestations : leurs témoignages rendaient les discours gouvernementaux indécents.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé, n’en a pas moins fini par remettre le couvert, osant prétendre que les débats ouverts par leur mouvement avaient remis sur la table le fait de devoir travailler plus longtemps !

Depuis, politiciens de tout bord, ministres et sous-ministres sont entrés dans l’acte II et font mine de s’affronter sur le remède à appliquer.

Comme les médecins d’antan, hésitant entre le lavement et la saignée, ils débattent savamment entre allonger la durée de cotisation ou reculer encore l’âge de départ en retraite. Au départ, Macron s’était engagé à ne pas revenir sur l’âge de départ possible à 62 ans, tout en chargeant Delevoye d’instaurer un système de retraite par points permettant de baisser le niveau des pensions.

Xavier Bertrand, ex-ministre de droite, lui, s’est prononcé pour le recul de l’âge de la retraite à 65 ans, alors même que le patronat licencie les travailleurs bien avant, les condamnant aux allocations chômage et minima sociaux.

Leur but est à la fois de faire baisser les salaires des travailleurs seniors et surtout de diminuer les pensions des retraités. L’évidence serait au contraire de prendre sur les profits accumulés pour assurer une fin de vie digne à tous les travailleurs.

Le gouvernement dit aujourd’hui que toutes les propositions doivent être discutées, hésitant sur la manière d’administrer sa saignée sans déclencher la résistance du corps social.

Il est grand temps de se sauver de ces charlatans au service des capitalistes et de permettre aux hommes de vivre longtemps et dignement des richesses qu’ils ont su créer.

Christian BERNAC