Métropole de Lyon : éboueurs en grève

03 Avril 2019

Mardi 2 avril, les agents de la Métropole de Lyon chargés du ramassage des ordures sont entrés dans leur troisième semaine de grève, une grève très majoritaire, qui est partie de la base, sans les directions syndicales.

Un peu partout en banlieue lyonnaise, les ordures s’accumulent, et les deux fours d’incinération, bloqués par les grévistes puis privés d’approvisionnement, sont à l’arrêt.

C’est la question des salaires qui a fait exploser la colère : comme ceux de tous les fonctionnaires, ils sont bloqués depuis des années, et plusieurs primes qui avaient été promises n’ont jamais été versées. Quant aux nouveaux embauchés depuis 2015, ils sont privés de deux primes que touchent les plus anciens. Alors, lorsque ces travailleurs revendiquent 200 euros d’augmentation de salaire, c’est un minimum, car ce n’est qu’un rattrapage du pouvoir d’achat perdu depuis des années.

En 2012, le président du Grand Lyon, Gérard Collomb, alors au Parti socialiste, avait décidé de transférer aux entreprises privées le ramassage des ordures sur Lyon et Villeurbanne, là où le travail est plus concentré et donc plus rentable. Les éboueurs du service public étaient envoyés, eux, dans les communes périphériques. Pour imposer ce cadeau au privé, Collomb s’était alors comporté en patron de combat : calomnies contre les agents, accusés de faire trop peu d’heures, huissiers et assignations de grévistes au tribunal.

Aujourd’hui, ce sont Suez, Nicollin ou Pizzorno, de grands groupes privés, qui collectent la majorité des déchets de l’agglomération. Pour Pizzorno, il s’agit d’un marché bien rentable de plus de 77 millions d’euros par an, financé par la taxe sur les ordures ménagères. Les bénéfices se font en aggravant l’exploitation des travailleurs : journées plus longues, plus de tonnes de déchets par agent et par jour, volonté de mettre un ripeur tout seul à l’arrière du camion, ce qui peut le mettre en danger et accroît sa charge de travail.

Cette course à la rentabilité se répercute aussi sur les éboueurs employés par la Métropole de Lyon, qui s’occupent à présent des communes périphériques. Leur charge de travail s’est considérablement alourdie, avec la fin du fini-parti : ils ne peuvent plus partir une fois leurs tournées terminées, celles-ci sont de plus en plus chargées, et de plus en plus longues. Pour les ripeurs, cela signifie de plus en plus d’heures trempés sous la pluie, ou avec les mains gelées qui peuvent à peine bouger en hiver.

Les élus qui gèrent la Métropole, Collomb puis son successeur David Kimelfeld, cherchent à diviser les travailleurs selon leur statut. Ces derniers en revanche sont bien conscients de tous subir les mêmes attaques et déterminés à se faire respecter. Le 2 avril, les éboueurs du public ont reçu le renfort de ceux de l’entreprise Pizzorno, qui se lançaient eux aussi dans une grève pour les salaires, avec cette fois des conséquences pour la collecte des déchets du centre de Lyon.

Correspondant LO