La campagne de Lutte ouvrière

03 Avril 2019

Vendredi 29 mars, à Paris, avait lieu le meeting de présentation de la liste Lutte ouvrière aux élections européennes du 26 mai prochain. Devant 1 200 personnes réunies salle de la Mutualité, Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier ont développé les idées que la liste « Contre le grand capital, le camp des travailleurs » veut défendre dans cette campagne. Voici quelques extraits de leurs interventions.

Jean-Pierre Mercier : « Au monde du travail de fixer ses règles »

« Le mouvement des gilets jaunes a démarré après l’annonce de l’augmentation de la taxe sur les carburants. (…) Cette mesure a été la mesure de trop. Car cela fait des dizaines d’années que les travailleurs se serrent la ceinture. De plus en plus, ils ne partent plus en vacances, limitent leurs loisirs, achètent moins de viande, moins d’habits pour les enfants (…).

C’est sur cette question du pouvoir d’achat que Macron a dû céder quelques concessions en décembre dernier (…). Mais ces concessions, il les a faites en prenant bien soin que les capitalistes n’aient pas à mettre la main à la poche. Si les gilets jaunes ont bien réussi à poser la question du pouvoir d’achat, ils ne sont pas parvenus à la résoudre. Pour les travailleurs, les chômeurs et les retraités, il faudra d’abord imposer des augmentations de salaire, des augmentations des allocations et des pensions de retraite. Cela demandera de s’attaquer directement au pouvoir du grand capital. (…)

Oui, ces augmentations sont urgentes et vitales. Mais elles ne suffiraient pas, à elles seules, à protéger sur le long terme le pouvoir d’achat des travailleurs. En 1968, la grève générale a imposé 35 % d’augmentation du smic. Mais en quelques années, l’augmentation des prix a annulé cette augmentation. (…) Alors, dans les futurs combats sociaux, (…) i l faudra imposer un système qui protège notre pouvoir d’achat contre l’inflation. (…). Cela n’arrivera que lorsque les travailleurs
seront suffisamment mobilisés pour passer outre les sacro-saintes règles patronales en matière de secret commercial et de secret des affaires. Mais nous en sommes certains : ce jour-là arrivera, parce qu’il arrivera un moment où ce sera le monde du travail tout entier qui fixera les règles, qui fixera ses règles (…).

Défendre le pouvoir d’achat des travailleurs et le protéger, ce sera aussi imposer que chacun ait un emploi avec un salaire décent. (…) L’intérêt vital des travailleurs est d’imposer l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous, sans baisse de salaire ; d’imposer l’augmentation des salaires et des retraites et leur indexation sur la hausse des prix, et le contrôle des travailleurs sur les décisions des grandes entreprises. Voilà le programme de lutte que nous tenons à défendre dans ces élect ions européennes ! Voilà les objectifs de lutte que nous voulons populariser dès aujourd’hui, parce qu’ils seront indispensables demain, lorsque les travailleurs auront repris confiance dans leur force collective. (…) En Algérie, la population crie : « Ils ont les millions, nous sommes des millions ! » C’est cette idée dont les travailleurs doivent se pénétrer, cette idée que les militants ouvriers ne doivent jamais oublier. Oui, nous sommes des millions ! Et quand ces millions ne supporteront plus la vie que les privilégiés leur font subir, quand ils décideront de ne plus accepter leur sort, quand ils décideront de relever la tête, convaincus qu’il n’y a plus d’autre solution que de se battre pour une vie meilleure, tout deviendra possible ! »

Nathalie Arthaud : « L’Europe sans frontières sera celle des travailleurs au pouvoir »

« Nous faisons le choix de militer d’abord en direction des travailleurs, parce que c’est la seule classe qui peut supprimer l’exploitation de l’homme par l’homme et les mille et une injustices qui en découlent. Ce n’est pas que les travailleurs aient une conscience révolutionnaire supérieure. En temps normal, ils ne sont pas plus combatifs que d’autres catégories sociales. Quand il n’y a pas de luttes collectives, ils acceptent leur sort, ils s’adaptent à la société et épousent les valeurs bourgeoises dominantes, l’individualisme, la réussite personnelle, le nationalisme.

Mais les travailleurs sont à l’intérieur même des citadelles capitalistes qu’il faut prendre. Dès qu’ils entrent en lutte pour leurs intérêts, ils touchent au coeur de la société bourgeoise : ils touchent aux profits et à la domination de la classe capitaliste. Cela leur donne un levier incomparable pour peser sur les maîtres de la société. (…)

La classe ouvrière n’est pas seulement la mieux placée pour mener le combat, elle est notre seul espoir de transformation de la société, car elle est porteuse d’une nouvelle organisation économique : une économie fondée sur la gestion collective des grands moyens de production. (…) Lutter pour les exigences élémentaires de la classe ouvrière, c’est se battre pour que l’ensemble des producteurs ne soient pas poussés vers la déchéance. C’est se battre pour l’avenir de toute la société !

Unifier réellement l’Europe serait la moindre des choses. Les frontières européennes sont plus que dépassées. (…) L’histoire, la vie économique et sociale, la culture ont fondu les peuples européens dans un même destin. Mais force est de constater que les politiciens aux ordres de la bourgeoisie sont incapables d’unifier réellement l’Europe.

Cela fait plus de soixante ans que la bourgeoisie de chaque pays est écartelée entre la volonté d’accéder à un marché plus vaste et l’assurance d’être protégée par son État national. Et aujourd’hui, ça recule. En témoignent le Brexit, la montée de l’extrême droite et l’emprise croissante des idées réactionnaires ! Les mêmes démagogues qui sont parvenus à abuser une partie des électeurs britanniques sont à l’oeuvre ici. Ils sont portés par la crise économique et sociale, par le pourrissement du système politique… Et par le rejet légitime de l’Union européenne par les travailleurs !

Parce qu’en effet, cette Union européenne n’a rien fait pour les exploités ! Il y a toujours eu des politiciens pour nous faire miroiter une Europe sociale. Mais qu’est-ce qui a été fait pour tirer vers le haut les salaires et les droits des plus exploités d’Europe ? Rien ! Les Bulgares ont un smic qui plafonne à 260 euros. Les Roumains travaillent 500 heures de plus que nous par an. Et quand il s’agit d’harmoniser les choses, c’est toujours au détriment des travailleurs ! (…)

L’UE nous a été vendue comme un espace de libre circulation ouvert sur le monde, et ils ont construit une for teresse dont les barbelés et les murs sont toujours plus hauts. Ils ont fait grossir le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants contraints de risquer leur vie pour tenter leur chance en Europe. Ils ont transformé la Méditerranée en cimetière de migrants. (…)

L’Europe construite par et pour la bourgeoisie n’est pas bel le à voir. Mais les États nationaux ne le sont pas plus ! Toutes les institutions de la bourgeoisie sont des machines de guerre contre les travailleurs et les plus faibles. Notre objectif n’est pas de dénoncer telle ou telle institution de la bourgeoisie, et c’est encore
moins de réhabiliter les frontières nationales.

L’avenir, c’est l’unité de l’Europe, une Europe sans frontières et ouverte sur le monde. Et el le ne pourra être réalisée que par les travailleurs au pouvoir ! »